« La loi SRU n’a pas eu d’effet sur la ségrégation urbaine »
Le sociologue Thomas Kirszbaum dresse un bilan mitigé de l’application de la loi Solidarité et renouvellement urbain. En cause, notamment, l’absence de réelle volonté politique de lutter contre la « ségrégation résidentielle ».
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© PHILIPPE HUGUEN / AFP
C’est une mesure majeure de la gauche au pouvoir. La loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) impose à bon nombre de communes situées dans de grandes agglomérations d’atteindre un pourcentage – 25 % pour la plupart d’entre elles – de logements sociaux parmi leur parc de résidences principales. Vingt-cinq ans après sa mise en œuvre, plus de la moitié des communes n’ont pas atteint cet objectif. Surtout, comme l’explique Thomas Kirszbaum, sociologue, chercheur associé au Centre d’études et de recherches administratives politiques et sociales (Ceraps), et auteur de plusieurs articles sur le sujet, ce sont les objectifs qualitatifs de la loi – lutter contre la ségrégation résidentielle – qui n’ont pas été atteints, sur fond de racisme et de discrimination.
Quel bilan dressez-vous de la loi SRU vingt-cinq ans après sa mise en place, notamment sur son objectif de créer davantage de « mixité sociale » ?
Thomas Kirszbaum : Il faut revenir sur l’intention de la loi d’orientation pour la ville (LOV), qui précédait de dix ans la loi SRU. Quand elle a été adoptée en 1991, la LOV avait été présentée comme un texte « anti-ghetto ». La loi SRU s’inscrit dans cette continuité, en ajoutant des pénalités à l’encontre des communes récalcitrantes. Ce sont deux textes emblématiques de la gauche socialiste et communiste de l’époque. Le raisonnement était le suivant : en obligeant les communes riches à construire du logement social, la population des cités HLM allait être dispersée en allégeant ainsi le « fardeau » qui pesait sur les communes des banlieues populaires. La loi SRU, couplée à la création de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) en 2003 et la démolition de logements sociaux dans les quartiers dits sensibles, était une sorte de réponse magique à la ségrégation urbaine.
La réalité est très éloignée des attendus initiaux de la loi qui avaient pour ambition de mettre fin aux “ghettos“.
Vingt-cinq ans plus tard, on peut dire que cette loi a été un outil utile d’un point de vue quantitatif. Sans elle, beaucoup de logements sociaux n’auraient pas été produits en France. Il faut s’en féliciter, plus encore dans la période actuelle, marquée par la chute dramatique de la construction sociale. Mais la réalité est très éloignée des attendus
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