« Je voulais raconter la condition des femmes noires »

Avec Sous nos peaux, Maïram Guissé explore l’intime des femmes noires de son entourage. En mêlant témoignages et parcours personnels, l’autrice interroge l’identité, les enjeux de représentation et la place que la société réserve aux corps noirs.

Kamélia Ouaïssa  • 5 février 2026 abonné·es
« Je voulais raconter la condition des femmes noires »
© N. Lemal

Dans Sous nos peaux, Maïram Guissé, s’adresse à sa fille à travers une lettre ouverte intime et engagée. Elle présente huit femmes noires et métisses qui ont marqué sa vie, figures de transmission et de sororité. L’autrice aborde les réalités auxquelles sa fille pourrait être confrontée : racisme ordinaire, sexisme, discriminations au travail, rapport aux cheveux texturés ou au corps, dans les espaces publics comme professionnels. Elle dépeint ces femmes dans leur quotidien, leur intimité, loin des stéréotypes. Marquée par une enfance et une adolescence sans modèle auquel s’identifier à la télévision, au cinéma ou dans les livres, Maïram Guissé signe un livre d’amour et de transmission, mêlant regard journalistique et récit personnel.

Vous abordez dans votre livre, une question récurrente : « Tu viens d’où ? » , à laquelle vous répondez avec ironie. Comment cette question a-t-elle marqué votre construction identitaire, et le rapport que vous entretenez au fait de vous rattacher à une origine ?

Maïram Guissé : Depuis petite, c'est une question qu’on m’a toujours posée. Je suis née et j’ai grandi en France mais on m’a toujours renvoyé à mes origines du fait d’être noire. Je n’ai pas tout de suite compris la charge raciale derrière ce « Tu viens d’où ? ». C'est quelque chose que j’ai conscientisé très tard, notamment à travers le travail de chercheurs dont celui de Maboula Soumahoro. Je me suis ensuite demandée pourquoi est-ce qu'on me pose tout le temps cette question alors qu'à l'inverse, je ne la pose pas systématiquement.

On vient tous de quelque part.

Très vite, j'ai commencé par répondre : « Je viens de Canteleu en Normandie ». Je laissais sciemment ce malaise pour que la personne en face de moi réfléchisse au sens et à l'intérêt de cette question. J'ai compris ce que ça racontait : il faut toujours prouver qu'on était français. Moi, je n’ai rien à prouver. C'est pour ça que j'y réponds de façon ironique mais sincère. On vient tous de quelque part.

Vous écrivez en vous adressant à votre fille aînée, comme pour lui transmettre ce qu’elle n’a pas connu mais qui la traversera sans doute en tant que future femme. Aviez-vous le sentiment qu’une mémoire, personnelle ou collective risquait de disparaître si elle n’était pas écrite ?

M.G. : Je n’y ai pas pensé tout de suite, mais d’une certaine façon c’est un objectif central dans mon travail que de laisser des traces, d’être dans la transmission d’une histoire qui n’est pas assez racontée. Le livre Sous nos peaux est un peu le prolongement de mes travaux, notamment sur mon dernier documentaire La vie de ma mère, où je retrace sa vie de femme plus que de mère.

Dans mon livre, j’ai également eu envie de documenter des histoires qui ne sont pas assez racontées. Je ressentais le besoin de les transmettre à ma fille parce que c’est tout un pan de son héritage qu’elle pourrait complètement méconnaître, la société en tout cas ne nous aide pas à entretenir cette mémoire. C’est vraiment lutter contre l’effacement.

Pour les enfants de l’exil, la question des origines semble souvent imposer une

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