Morandini sur CNews : malaise chez les stars, dix ans trop tard
Définitivement condamné pour corruption de mineurs, l’animateur préféré de Vincent Bolloré reste à l’antenne. Le problème Morandini n’est pas nouveau à CNews. Ce qui est nouveau, c’est que cela dérange enfin, bien timidement, ses collègues de cette chaîne corrompue jusqu’à la moelle.
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11 h 12 sur CNews, ce 29 janvier 2026. Une juriste est sur le plateau de « Morandini Live » pour réagir à la mort d’un bébé tué par une employée de crèche. « C’est aussi la faute et la responsabilité des employeurs, dit-elle, de vérifier le casier judiciaire, de faire passer des tests psychologiques […] pour voir si ces gens sont aptes ou pas à s’occuper d’enfants. Il y a quand même 54 personnes qui ont été soupçonnées d’agressions sexuelles sur mineurs… » Elle ne finit pas son propos : un très lourd silence s’installe en plateau. Face à elle : Jean-Marc Morandini, condamné définitivement pour corruption de mineurs. « On… on aura l’occasion de… de… d’en reparler », bredouille-t-il.
Partira, partira pas ? Le suspense est à son comble sur CNews. Cela fait deux semaines que Jean-Marc Morandini, qui anime quotidiennement l’émission « Morandini Live » sur la chaîne bolloréenne, a été condamné définitivement pour corruption de mineurs, le 14 janvier. Cela fait deux semaines que l’homme qui, entre 2009 et 2016, avait envoyé des messages de nature sexuelle à des adolescents, est à l’antenne chaque jour de la semaine.
La chaîne avait fait savoir dès l’annonce du jugement définitif qu’il resterait à l’antenne. Alors que Morandini est inscrit au fichier des délinquants sexuels, il côtoie les stagiaires, parfois mineurs, dans les bureaux de la chaîne, mais Gérald-Brice Viret, le patron de CNews, a déclaré « assumer ».
Mais CNews assume-t-elle vraiment ? De grands noms de la chaîne désavouent Morandini. En premier lieu, le 20 janvier, Sonia Mabrouk, qui a estimé qu’il était « légitime » de questionner la présence de Morandini à l’antenne. « J’avoue que je n’en dors pas depuis plusieurs jours. J’ai beaucoup de respect pour ma direction, pour ma hiérarchie, mais, en aucun cas, ça ne vaut de cautionner cela… qui est d’une gravité réelle », a-t-elle déclaré face à son invité, le député PS Jérôme Guedj.
Ni Pascal Praud ni Laurence Ferrari ni même Sonia Mabrouk ne pouvaient ignorer que Morandini avait déjà, par deux fois, été condamné dans ce dossier.
Selon Le Monde, ces propos, répétés ensuite sur son compte X, ont « déclenché l’ire de Serge Nedjar, le patron de CNews, qui a réclamé la tête » de Sonia Mabrouk. Mais, ensuite, ce sont Pascal Praud et Laurence Ferrari qui ont pris position. Praud, le 24 janvier, en tweetant qu’il « aurai[t] pu prononcer quasiment les mêmes paroles » que Mabrouk. « Chacun a pu entendre sur l’antenne de CNews que je me suis toujours engagé contre les violences sexuelles et les comportements sexistes. Je pense évidemment aux victimes », a-t-il ajouté. Ferrari, le 25, a déclaré au Parisien : « En tant que femme et mère de famille, je me sens interpellée au-delà du plan professionnel. »
Désertion des annonceurs
Mais voilà : ni Pascal Praud ni Laurence Ferrari – qui a réaffirmé sa « loyauté professionnelle totale » à CNews – ni même Sonia Mabrouk (bien que sur le départ, selonTélérama) ne pouvaient ignorer que Morandini avait déjà, par deux fois, été condamné dans ce dossier, en première instance et en appel. Morandini était même déjà mis en examen dans cette affaire lorsqu’il a été embauché à iTélé en 2016, provoquant le départ de l’immense majorité de la rédaction de l’époque.
Le problème Morandini n’est pas nouveau à CNews. Ce qui est nouveau, c’est que cela dérange ses collègues. Et il est probable que la pression qu’ils et elles exercent désormais – sans toutefois jamais aller jusqu’à demander ouvertement son départ – soit davantage due à la désertion des annonceurs, et à l’annonce des partis politiques de boycotter l’émission du condamné, qu’à un véritable dilemme moral les empêchant de dormir. Le vrai dilemme moral, ce fut celui des journalistes qui quittèrent iTélé il y a dix ans, dégoûté·es de voir leur chaîne d’info devenir CNews.
Le 26 janvier, on apprenait dans Mediapart que le directeur de l’information de CNews, Thomas Bauder, a été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des violences commises sur ses trois enfants entre 2017 et 2023 (il a fait appel). On n’a pas entendu les journalistes-stars de la chaîne s’en émouvoir.
Ce vendredi, Morandini a publié un communiqué pour annoncer qu’« après 10 ans de procédure », il faisait « le choix » de renoncer à « tout recours ». Il y présente également ses excuses « à toutes celles et ceux » qu’il dit avoir « pu heurter directement ou indirectement » avant de réclamer une « seconde chance ».
Mais… à l’heure où l’on publie ces lignes, il est toujours maintenu sur CNews. « Combien de temps Jean-Marc Morandini pourra-t-il tenir ? » se demandait Le Monde mardi matin. Au moins une semaine de plus, a répondu Vincent Bolloré. Qu’il parte ou qu’il reste, Morandini est le révélateur de ce que CNews a toujours été : une chaîne moralement corrompue jusqu’à la moelle.
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