« Travail, famille, patrie » sur BFM : où sont les journalistes ?

Lors d’un débat sur les municipales à Marseille, la candidate de l’union de la droite Martine Vassal a repris la devise pétainiste, sans que ça ne perturbe les trois journalistes sur le plateau, dont l’autoproclamée « féroce » Apolline de Malherbe.

Pauline Bock  • 23 février 2026
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« Travail, famille, patrie » sur BFM : où sont les journalistes ?
© Maxime Sirvins

Il est 22 h 17 sur BFMTV ce 19 février et la chaîne d’info organise un grand débat à l’occasion des élections municipales à Marseille entre les quatre principaux candidats : le maire sortant Benoît Payan (Printemps marseillais), la présidente de la métropole Aix-Marseille, Martine Vassal (LR), Sébastien Delogu (LFI) et Franck Allisio (RN). Le débat est animé par Apolline de Malherbe et plusieurs journalistes invités, dont Arthur Berdah, du Figaro, qui se tourne vers la présidente de la métropole et candidate LR pour lui poser une question résumant parfaitement l’ambiance délétère et fascisante du débat public après la mort de Quentin Deranque à Lyon : « Madame Vassal, est-ce que pour vous, LFI c’est comme le RN ? C’est pire ? Ou c’est moins grave ? »

Il y a quelques années, qu’une gaulliste déclare que l’extrême droite et la gauche « c’est la même chose », aurait fait lever quelques sourcils.

Martine Vassal répond, tout sourire, que « c’est la même chose » pour elle. Jusque-là, son propos ne diffère pas de ce qu’ont répété éditorialistes et politiques toute la semaine, blâmant la gauche et les antifascistes quitte à élever au rang de martyr un jeune militant néofasciste passé par l’Action française. Il y a quelques années, qu’une élue de droite gaulliste déclare que l’extrême droite et la gauche (parce que oui : LFI, c’est la gauche, n’en déplaise à Laurent Nuñez), « c’est la même chose », aurait fait lever quelques sourcils. Mais ce 19 février 2026, sur BFMTV, c’est la réponse attendue.

Sur le même sujet : Dossier : Mort de Quentin Deranque : contre le récit de l’extrême droite

Lorsque Sébastien Delogu fait remarquer à Martine Vassal qu’elle « partage les valeurs » du Rassemblement national, la voilà qui se lance dans une déclamation qui n’aurait pas démérité en 1940 : « Moi, figurez-vous, mes valeurs, elles n’ont jamais changé. C’est le mérite, le travail, la famille, la patrie. » Face à cette énormité, le seul à réagir en plateau est son adversaire Benoît Payan. Pas les journalistes. « Vous savez qui a dit ça ? » lui demande, effaré, l’actuel maire de Marseille. « Vous vous rendez compte de ce que vous venez de dire, là ? » Apolline de Malherbe intervient sans courage : « Je crois que Benoît Payan a entendu un slogan…» Il lui répond : « Et vous non ? » Elle bredouille : « Si, enfin, j’imagine que c’est ça… »

« Oui d’accord mais moi, ce sont mes valeurs »

La présentatrice star de BFM TV, qui aime qu’on la décrive comme  « féroce », montre un visage bien plus docile face à ce qui ne laisse pourtant aucun doute à l’interprétation : Martine Vassal vient de prononcer, dans l’ordre, les mots du slogan de la France de Vichy, « Travail, famille, patrie ». Il y a trois journalistes sur ce plateau, et pas un seul pour saisir la gravité des propos de Vassal. Ils repassent timidement la balle au maire : « Ben non, je sais pas, allez-y, Benoît Payan… Répétez-le ! » Et c’est donc lui qui se lance : « Vous avez dit “Travail, famille, patrie”, c’est le slogan de Monsieur Pétain, ça. » Vassal, pour sa part, en est tellement fière qu’elle répète en toute sérénité : « Oui, d’accord, mais moi, ce sont mes valeurs ! »

C’est vrai que c’est le travail des journalistes, de prendre à la légère des politiques de droite qui se déclarent haut et fort des valeurs de la France de Vichy.

En reprenant la parole, la féroce, la punchy, l’hyperactive Apolline de Malherbe préfère interpeller Sébastien Delogu, qui en 2024 avait bredouillé sur RMC qu’il ne « connaissait pas trop » Pétain : « Est-ce que j’ose vous interroger sur Monsieur Pétain, Sébastien Delogu ? » Rire gêné de l’intéressé, qui répond que « ça, il connaissait », et qu’il est « outré comme Monsieur Payan ». Malherbe, elle, n’est pas outrée, à peine un peu étonnée : « Bon, cela dit, on en rit, mais sur le fond, sur le fond, Martine Vassal, vous assumez ? » Allons bon, on rigole, c’est vrai que c’est le travail des journalistes, de prendre à la légère des politiques de droite qui se déclarent haut et fort des valeurs de la France de Vichy. Vassal s’enfonce : « J’assume mes valeurs… Elles sont passées de mode, ces valeurs. Moi, j’assume mes valeurs. » 

Sur le même sujet : « Avoir le courage de ses convictions » : un an avant 2027, la droite assume l’alliance avec le RN

Au lieu de cuisiner Vassal sur ce que cela signifie de citer Pétain dans le texte en 2026 – et il y aurait pourtant beaucoup à dire ! – Apolline de Malherbe demande à Franck Allisio si ce sont « aussi ses valeurs », et lui n’est pas assez bête pour répondre par l’affirmative. « Je vous repose la question, est-ce que vous pourriez travailler ensemble ? » rebondit Apolline de Malherbe. Le pétainisme passe à la trappe, ça tombe bien, c’était un peu gênant pour tout le monde : mieux vaut se focaliser sur une potentielle collaboration droite-extrême droite, ça au moins, c’est consensuel et dans l’air du temps. Merci, Apolline de Malherbe !

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