La vie n’est pas un poney club (épisode 3)
« L’ironie est un sport de combat » comme ne disait pas du tout Pierre Bourdieu : retrouvez donc cette revue de presse sarcastique tous les 15 jours, si tout va bien (édition du 4 mars 2026).
dans l’hebdo N° 1904 Acheter ce numéro

(Pour recevoir directement cette sorte d’infolettre dans votre boîte courriel, rendez-vous ici.)
« La guerre, c’est la paix »
Hâte de voir l’ordre du jour de la première réunion de travail du Conseil de la paix du président orange.
« Ne m’appelez plus jamais anti-France ! »
La candidate LR-macroniste pour la mairie de Marseille, Martine Vassal, a fait sienne la devise pétainiste « travail, famille, patrie » (elle y a ajouté « mérite » pour faire diversion, histoire de nous embrouiller, ça se tentait), ce qui ne l’a pas empêchée de continuer ensuite sa campagne sans que ça ne fasse trembler trop de mentons. De son côté, Aurore Bergé n’a pas hésité, elle, à utiliser l’expression maurassienne « anti-France » pour s’attaquer à LFI. Là encore zéro souci, ça a glissé comme les gouttes de pluie sur les ailes du canard. Il faut dire que depuis l’invitation du RN à la panthéonisation des Manouchian et la minute de silence à l’Assemblée pour un militant fasciste, ce pays est passé de la fenêtre d’Overton à l’usine qui les fabrique en série.
Ça donne envie de cramer des palettes
Suite à la mort dudit militant fasciste Quentin Deranque à Lyon, les chaînes d’info ont enchaîné les débats à tour de bras pour pointer du doigt LFI et les antifas, en questionner la responsabilité et dangerosité, leur réservant la montée de la violence dans la société (reprenant en cela, comme une grande partie de la presse dominante, le narratif du RN et de la droite, gouvernement inclus). Elles ont été par contre largement moins enclines, quelques jours plus tard, à faire de même avec le Rassemblement national (RN) suite à l’affaire de Châteauroux, lorsqu’un forcené de 78 ans et militant RN, disposant d’un arsenal, a tiré sur les forces de l’ordre et leur a jeté des grenades. Pas de grands débats non plus quand Angela Rostas, une Romni, fut assassinée en 2024 par deux racistes menant des raids antitziganes. Pas davantage pour Djamel Bendjaballah à Dunkerque en 2024, par un militant fasciste, ou pour Federico Aramburú en 2022 à Paris par deux membres du GUD. Ni pour Éric Casado-Lopez, Emine Kara, Aburrahman Kizil, Mir Perwer, Sirin Ayd, Aboubakar Cissé, Ismaël Aali ou Hichem Miraoui. Ni lors du procès des projets terroristes de l’AFO, dont les liens avec le RN ont été démontrés. Ni lors des incendies de mosquées. Ni lors des attaques de l’extrême droite à Brest ou Lille (et ailleurs), contre des librairies, des bars antifas ou des locaux LGBT. Etc. En somme : toutes les vies se valent, mais pas toutes les victimes et les morts, apparemment. Ni toutes les responsabilités politiques.
On n’est pas venus ici pour souffrir, ok ?
Dans la série « inversion des valeurs », on en est donc à devoir dédiaboliser l’antifascisme. Quelle vie quand même.
Bruit de fond
C’est fou comme une seule minute de silence à l’Assemblée peut contenir en soi des semaines entières de honte.
Bruit blanc
Les gens qui n’ont rien à craindre des attaques de l’extrême droite ont vraiment beaucoup de temps à répéter que la violence, ce n’est pas très très bien, quand même. (Ou comment dire qu’on est privilégié sans dire qu’on est privilégié.)
On résume en résumé
Le monde selon Laurent Nuñez, le ministre « apolitique » de l’Intérieur :
– Piñata avec voiture de police : pas OK.
– Grande manifestation à Lyon de néonazis venus de toute l’Europe : carrément OK.
1984, c’était hier
« La liberté est plus grande que l’inquiétude. » (Laurent Big Brother Nuñez, 20 février 2026, l’homme qui interdisait des manifestations de gauche plus vite que son ombre.)
Le groupe vit bien
« Certes, il y a eu des saluts nazis et des slogans racistes à Lyon mais aucune poubelle n’a été brûlée. Tout s’est très bien passé. » Si le fascisme peut préserver nos abribus, on aurait en effet tort de s’inquiéter.
La loupiote d’espoir : savoir_sevandre
Il est des comptes Instagram comme des chaussettes colorées dans un monde de pantalons beiges. Séverine André, alias savoir_sevandre sur Instagram – par ailleurs conservatrice-muséographe et rédactrice pour la revue suisse Vigousse –, poste ses créations en feutrine d’une grande drôlerie et d’une absurdité délicieuse (on aime beaucoup ce « Darty Dancing » ou « Les 4 FIV du docteur marchent », entre autres). C’est drôle, impertinent, malin et stylé, et donc indispensable. Le tout (une soixantaine d’œuvres) mériterait bien une exposition « réelle ».
Soigne ta droite
Emmanuel Macron classe LFI « à l’extrême gauche ». Comme tout ce qui est vaguement à gauche de son assiette de caviar, en somme ?
The Dominique de Villepin effect
On en est arrivés au point où il suffit à un politicien de droite de dire quelque chose de vaguement censé pour devenir un héros aux yeux d’une partie de la gauche.
Les portes du paradis fiscal
D’après une note de Bercy, « 13 335 millionnaires ne payent aucun impôt sur le revenu en France ». Mais, attendez, ils n’avaient pas déjà tous fui l’enfer confiscatoire communiste qu’est devenu ce pays, où l’on hait la réussite des riches par pure jalousie de petits esprits étriqués ?
Parachute vraiment très doré
Sur ce sujet desdits millionnaires, Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, avait déclaré, la main sur le cœur à l’Assemblée : « Il n’y a pas de document qui amènerait une dizaine de milliers de fortunés français à ne payer aucun impôt sur le revenu ». Malgré ce mensonge de haute technicité, elle a été nommée présidente de la Cour des comptes. Et sans même avoir besoin de traverser la rue.
Le bonheur se cache dans les détails
« L’argent ne fait pas le bonheur, le bonheur, on le porte en soi » est venue nous enseigner un matin à la radio l’épouse de Bernard Arnault, Hélène Mercier-Arnault. Meilleur argument de tous les temps pour la taxation des ultrariches.
Déso la commu’
Ces inondations et ces crues records de ce début de 2026 ne vous sont toujours pas offertes par l’écologie punitive.
IA quoi ?
La France se classe dernière dans un nouvel indice mondial d’adoption de l’intelligence artificielle. Comme quoi on peut réussir des choses, dans ce pays, quand on veut.
J’ai comme un doute
Un sinistre petit joueur argentin du club de Benfica Lisbonne, Gianluca Prestianni (il faut nommer les affreux jojos) s’est défendu d’avoir proféré une insulte raciste à l’encontre de Vinicius, attaquant du Real Madrid, lors d’un match européen. Son axe de défense pour éviter une suspension ? C’était « homophobe », mais pas « raciste ». Une cascade très technique, à ne surtout pas tenter de reproduire chez vous.
P.-S. : dans le monde décidément merveilleux du ballon rond, le joueur du PSG Achraf Hakimi a été renvoyé devant la cour criminelle pour viol. Le lendemain, il jouait un match européen contre Monaco, soutenu par les supporters et son club, lequel n’a pas eu un mot pour les victimes de violences sexuelles. Elles y connaissent quoi de toute façon au 4-4-2, toutes ces #MeToo, hein ?
Oui mais finalement non
Le patronat a réussi à obtenir une réduction des droits des chômeurs disposant d’une rupture conventionnelle. Torpillant ainsi sa propre mesure, qu’il réclamait à cor et à cri dans les années 2000 (au nom de la sacro-sainte « fluidité du marché »), et mise en place en 2008 par un gouvernement de droite (celui de M. Costume, François Fillon), rencontrant ensuite un succès qui ne s’est jamais démenti. On n’aime décidément pas les idées qui marchent, dans ce pays.
Il n’y a pas de petit combat
À celles et ceux qui retournent les livres d’extrême droite dans les Relay Bolloré, en un mot : merci. (Et en un autre : continuez.)
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
Faire Un DonPour aller plus loin…
La vie n’est pas un poney club (épisode 2)
La vie n’est pas un poney-club (épisode 1)
Fin des alternatives aux pesticides ?
