Reconstruire la puissance publique

Il faut mettre fin à la dégradation des services publics, en mettant fin à la chute du niveau de vie des fonctionnaires.

Gilles Raveaud  • 28 septembre 2026
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Reconstruire la puissance publique
© Rafael Garcin / Unsplash

Commençons par le commencement. L’État, ce sont d’abord les services publics. Il faut mettre fin à leur dégradation, en mettant fin à la chute du niveau de vie des fonctionnaires. L’écart de salaire avec le privé est devenu trop grand. Conséquence : non seulement on manque de fonctionnaires, mais les plus motivés et qualifiés fuient vers le privé. La rémunération des soignants, des policiers et des enseignants doit suivre la hausse des prix, qui va être de 3 % cette année.

L’État, c’est ensuite la protection sociale. En France métropolitaine, en 2024, 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, établi à 1 337 euros pour une personne seule. Ce qui correspond à 15 % de la population. Les prestations sociales doivent donc, elles aussi, suivre la hausse des prix.

Dans notre pays « le plus taxé au monde », 10 % des habitants détiennent à eux seuls la moitié des logements, actions et autre patrimoine.

Concernant les retraites, il faut, en revanche, faire des économies. Ma proposition est d’aligner, en dix ans, la fiscalité des retraités sur celle des actifs, en supprimant l’abattement de 10 % sur l’impôt sur le revenu auquel sont soumis les retraités aux plus hautes pensions, et en alignant le taux de CSG des retraités sur celui des actifs. Et du côté des recettes ? Il faut rétablir l’impôt sur la fortune. Dans notre pays « le plus taxé au monde », 10 % des habitants détiennent à eux seuls la moitié des logements, actions et autre patrimoine, ce qui contredit toute idée de justice sociale.

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Enfin, l’État doit être au service de la création de richesse. Depuis 1993 et la politique enclenchée par Édouard Balladur de « baisse des charges », notre brave État ne sait plus faire qu’une chose : des chèques. Attention : il est faux de qualifier ces chèques « d’aides aux entreprises », car elles bénéficient d’abord à leurs salariés. Si ce n’était pas le cas, il serait facile de les supprimer ! La baisse du coût salarial permet des embauches qui bénéficient majoritairement aux plus défavorisés d’entre nous.

Le pire du pire

Cette politique est-elle pour autant efficace ? Non. Y a-t-il des entreprises qui pourraient s’en passer ? Oui. Comment faire le tri ? On procède à leur évaluation intégrale : coût pour le budget de l’État ; quantité et qualité d’emplois créés ; utilité sociale et écologique de ces emplois. Puis l’on réunit les forces vives de la nation pour réfléchir à la pondération de ces critères. Veut-on donner la priorité à l’emploi ou à l’écologie ? À chaque fois, un classement est établi. Les « niches fiscales » les plus inefficaces sont alors supprimées, ou diminuées, à la suite de cette discussion collégiale, informée, paisible.

Notre boussole doit être de produire, à nouveau, en France.

Mais oui, la situation budgétaire de l’État est catastrophique. Non, un scénario à la grecque ne peut désormais plus être exclu. Pourquoi ? À cause du niveau trop élevé des taux d’intérêt que l’État est contraint de verser aux banques et aux assurances du monde entier, afin qu’elles aient envie de lui prêter (en encaissant d’énormes gains au passage).

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Cependant, le pire n’est pas là. Le pire du pire, c’est l’effondrement de la base productive du pays, ravagée par le libre-échange. Notre boussole doit être de produire, à nouveau, en France. La base matérielle de la production, ce sont les services publics. C’est pourquoi tout le monde devrait être d’accord sur la nécessité de recruter les meilleurs fonctionnaires possibles. Et donc de très bien les rémunérer, et de leur fournir d’excellentes conditions de travail. Sinon, l’effondrement en cours s’accélérera.

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