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Publié le 31 mars 2009

SNCF : l’élection qui fait fantasmer

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Que n’a-t-on pas dit à propos des élections professionnelles à la SNCF. Emporté par l’enthousiasme de la victoire d’un syndicalisme réformiste, elles ont fait couler beaucoup d’encre. Basses manœuvres et interprétation hasardeuses ont largement dominé les analyses. Assurément parce qu’elles avaient valeur de test, depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2008 sur la représentativité syndicale.

« La stratégie de Guillaume Pepy, parti en guerre contre la "gréviculture" à la SNCF donne-t-elle ses premiers résultats ? » . Poser la question, c’est y répondre car le propos du Monde, dans son édition datée du samedi 28 mars, est plus proche d’un communiqué de victoire du réformisme que de l’objectivité. Le quotidien croit voir dans la deuxième place de l’Unsa une « bonne nouvelle » . Le « syndicat réformiste » , forcément bien en vue, est l’espoir de la direction de la SNCF de se débarrasser du syndicat « irresponsable » SUD-Rail. Cette caricature de bilan a été entonnée par la plupart des grands médias, qui ont reprise cette courte analyse de la direction de la SNCF : « SUD-Rail marque le pas » .

Faut-il être rabat-joie pour ne pas adhérer à l’enthousiasme des confrères… Car la réalité est tout autre : SUD-Rail a progressé de 3 %, cumulant 17,67 % des voix. L’Unsa est certes devenue la deuxième organisation, mais avec 18,05 %, autrement dit l’écart n’a que l’épaisseur d’une feuille de cigarette, comme lors de l’élection de 2006 (SUD-Rail avait obtenu 14,97 % et l’Unsa 14,48 %). A Paris-Saint-Lazare, la gare qui connut un conflit médiatisé par Nicolas Sarkozy lui-même, SUD-Rail a progressé de 27 % chez les agents de conduite et a recueilli 53 % des voix. Il faut ajouter un détail qui manque toutefois dans la revue de presse. La « bonne surprise » de l’Unsa s’explique d’une autre manière : le syndicat a gagné 3,58 % en absorbant les voix de la CFTC avec qui il faisait listes communes dans plusieurs comités d’établissement. Relativisons la fameuse victoire…

Autre analyse éclairée du quotidien Le Monde à propos de la CGT Cheminots, « interlocuteur privilégié de la direction » , pour ceux qui ne le sauraient pas. Quel soulagement que la CGT, avec ses 39,3 %, qui fait désormais partie du « pôle réformiste » pour la direction : « A elle seule, elle sera en mesure de signer les accords, et elle pourra, avec l’aide d’une autre organisation syndicale, les refuser ou les dénoncer, ce que d’ailleurs, elle ne faisait que très rarement. Pour mémoire en 2008, la CGT avait signé six accords sur quinze » . Rien n’est dit sur la baisse, constante, du syndicat majoritaire. Personne ne l’a noté, c’est dire l’objectivité de nos plumitifs. Pas même le fait que quatre organisations syndicales (FGAAC, FO, CFTC, CGC) ne sont plus représentatives nationalement à la SNCF, conséquence de la position commune CGT-CFDT-Medef d’avril 2008, reprise dans la loi de 2008.

A les laisser dire ou écrire, le syndicalisme de lutte serait donc mort, achevé, fini. Cette fiction a même alimenté les grands médias le jour même de l’élection. Le Point publiait le 26 mars un long article avec pour seules sources la direction de la SNCF et l’Ifrap (Institut français pour la recherche sur les administrations et politiques publiques), un think tank ultralibéral bien en cour. Un suspense torride y est décrit : « SUD-Rail, le syndicat anarcho-libertaire à l’origine de la spectaculaire fermeture de la gare Saint-Lazare en février, va-t-il capitaliser sur cette action d’éclat ? Au détriment d’une CGT qui gère la SNCF comme s’il s’agissait de sa filiale ? » Et les experts de l’Ifrap s’en donne à cœur joie : « Lanterne rouge pour sa productivité au travail, la SNCF affiche des prix de revient de 20 à 30 % plus élevés que ses concurrents malgré des subventions directes et indirectes massives » . Suivi d’un commentaire poujadiste : « Les cheminots français coûtent cher au contribuable » . La faute à qui ? À SUD-Rail, probablement…

Mais cela ne vaut pas le coup de patte de Libération dans son édition du 26 mars, le jour même où les cheminots allaient voter, rappelons-le. Le quotidien exhume l’affaire des factures douteuses du comité d’entreprise de la SNCF, révélée par France 3 dans Pièces à conviction, il y a plus d’un an… Rien de nouveau depuis, mais la CGT y est en ligne de mire et SUD-Rail y a le beau rôle. Autre manœuvre autour des urnes, le jour même du vote les administrateurs CGT de la SNCF ont publié fort opportunément une « tribune libre » très virulente, accordée par l’Humanité, en toute indépendance. L’Etat actionnaire et Sarkozy y sont la cible et la défense du service public un refrain bien connu. Rien à redire, si ce n’est que les journaux cités plus haut voient en la CGT-cheminots un messie réformiste…


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