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Publié le 27 mai 2011
Front de gauche : le PCF se raidit

Front de gauche : le PCF se raidit

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La guerre des nerfs est relancée au sein du Front de gauche. A une semaine de la conférence nationale du PCF qui doit décider du candidat qui représentera cette alliance à l’élection présidentielle, Pierre Laurent joue la dramatisation.

Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, le 3 mai 2011.

Mercredi 25 mai, le secrétaire national du PCF a convié à déjeuner quelques journalistes de la presse quotidienne et l’AFP pour leur faire part des réserves des communistes sur une candidature de Jean-Luc Mélenchon. Opération réussie : jeudi matin, le message était dans Le Parisien , Libération et l’Humanité . Egalement sur lemonde.fr avec ce titre explicite : « Le PCF pose ses conditions pour se rallier à une candidature Mélenchon pour 2012. »

Le message du numéro un communiste tient en quatre points.

Un rappel, deux exigences et une menace.

  • Le coprésident du Parti de gauche ne sera accepté par les militants communistes comme candidat pour 2012 que si un accord global (programme, législatives, dispositif de campagne) est conclu.
  • Le PCF veut une « campagne collective » . Aux yeux des communistes, Jean-Luc Mélenchon mène une précampagne trop personnelle – « Il a tout intérêt à passer du "je" au "nous" » , conseille Pierre Laurent – ; ils ne veulent pas d'une « campagne individualisée » et souhaitent une direction de campagne avec des communistes visibles.
  • Le Parti de gauche a des prétentions exagérées pour les législatives ; il doit les revoir à la baisse.
  • L’accord global doit être finalisé avant l’ouverture de la conférence nationale, le 3 juin, soit dans une semaine. Sinon ce sera aux militants de trancher et ils pourraient se montrer plus durs. Cette menace est d’autant plus sérieuse qu’André Chassaigne souhaite depuis mardi que plusieurs noms soient soumis par la conférence nationale au vote des communistes, qui doit intervenir les 16, 17 et 18 juin. Une telle possibilité transformerait ce scrutin en une sorte de primaires, où malgré leurs grandes divergences stratégiques les anti-Mélenchon seraient en mesure de faire échec à la candidature du coprésident du PG.

Eric Coquerel Eric Coquerel, secrétaire national aux relations unitaires du PG, conteste que son parti serait trop gourmand aux législatives. Contacté par téléphone, il proteste: « La rigidité n’est pas du côté de la Gauche unitaire ou du Parti de gauche. » « Jusqu’à lundi, la négociation progressait. Le Parti communiste, qui auparavant ne nous concédait que 22 circonscriptions parmi celles que nous proposions, en a accepté trois fois plus » , raconte-t-il. Mais jeudi matin, le PCF fait volte-face et revient sur 12 des circonscriptions laissées à ses partenaires trois jours plus tôt. A ce stade, s'alarme Eric Coquerel sur son blog, il ne laisse au PG que 10,4% des circonscriptions métropolitaines, 2,6% à GU. Total... 13%.

« Personne ne peut accepter un accord à ce niveau », souligne Eric Coquerel aussi inquiet de ce recul que du refus du PCF de prendre en compte la demande de ses partenaires d’être candidat dans des circonscriptions où, forts d’un bon candidat, ils estiment pouvoir créer la surprise (Ardèche, Jura, Val-de-Marne…).

Le démenti est tout aussi catégorique sur les exigences que lui prêtent le numéro un communiste , qui affirmait mercredi lors du déjeuner de presse que le PCF veut au moins 75 % des circonscriptions alors que le PG et les autres partis minoritaires réclament 50 % de celles-ci. « Le Parti de gauche n’a jamais dit qu’il voulait 50 % des élus, c’est une vue de l’esprit » , avait déjà répliqué Jean-Luc Mélenchon, le 9 avril, lors d’un point de presse. Dès cette date, le coprésident du PG précisait que les trois formations du Front de gauche étaient d’accord pour que tous les sortants1 soient reconduits. « Nous avons accepté pas mal de leurs propositions. Nous avons accepté de diminuer de 30 % à 20 % nos demandes. Mais si au final le Front de gauche doit apparaître comme une alliance autour du PCF, nos militants ne suivront pas » , résume Eric Coquerel en soulignant le « décalage étonnant entre les déclarations de Pierre Laurent et la réalité » .

«Le financement du PCF est en jeu»

L’enjeu du bras de fer relancé par Pierre Laurent est principalement d’ordre financier. Le financement public des formations politiques repose en effet essentiellement sur leur résultat aux élections législatives.

La question aurait d’ailleurs été crûment évoquée lors d’une réunion des secrétaires de fédération, le 18 mai , comme le rapporte le contributeur d'un des principaux sites des communistes identitaires : « Le financement du PCF pour les années à venir est en jeu, chaque voix comptera dans chaque circonscription2, les candidats PCF et apparentés doivent être clairement identifiés comme tels en préfecture. » Ne voir la négociation que sous cet angle financier complique les discussions. Pour contourner le problème, le PG et GU auraient proposé de créer une « association de financement technique ». Une proposition refusée par le PCF, pour qui le Front de gauche n’est ni un mariage, ni même un Pacs, mais doit rester une union libre. Très libre et constamment négociée.

Au risque de lasser les électeurs.



  1. 12 PCF (Marie-Hélène Amiable, Alain Bocquet, Marie-George Buffet, Jean-Jacques Candelier, André Chassaigne, André Gérin, Pierre Gosnat, Jean-Paul Lecoq, Roland Muzeau, Daniel Paul, Jean-Claude Sandrier, Michel Vaxès), 2 apparentés PCF (Jean-Pierre Brard et Maxime Gremetz, qui a démissionné de son mandat le 16 mai), 3 ex-PCF (François Asensi, Patrick Braouezec, Jacqueline Fraysse) membres de l’Association des communistes unitaires, partie prenante de la Fase, 1 PCR (Huguette Bello), 3 PG (Martine Billard, Jacques Desallangre, Marc Dolez). 

  2. Dans les faits, chaque bulletin de vote représente une aide annuelle de 1,60 €. 


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