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Publié le 14 mai 2011
« Polisse » de Maïwenn ; « Habemus Papam » de Nanni Moretti ; « Palazzo delle Aquile » de Savona, Porto et Sparatore

« Polisse » de Maïwenn ; « Habemus Papam » de Nanni Moretti ; « Palazzo delle Aquile » de Savona, Porto et Sparatore

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« Polisse » de Maïwenn

Illustration - « Polisse » de Maïwenn ; « Habemus Papam » de Nanni Moretti ; « Palazzo delle Aquile » de Savona, Porto et Sparatore

Polisse , de Maïwenn, est le premier film français à entrer dans la compétition. Très éclectique sélection française qui, avec Maïwenn, réunit Michel Hazanavicius, l’auteur des Oss 117 avec Jean Dujardin, qui vient ici en compagnie de son acteur préféré dans un film muet et en noir et blanc ; Alain Cavalier, avec un film qu’on annonce très insolite où le cinéaste apparaît avec Vincent Lindon ; et Bertrand Bonello.

Mais revenons à Polisse , qui semble avoir fait sensation auprès des festivaliers. Polisse est une plongée dans le quotidien des policiers de la Brigade des protection des mineurs, la BPM, auprès desquels, pour préparer le film, Maïwenn et ses comédiens ont fait des stages d’observation. La dimension vériste est d’emblée fortement revendiquée dans un carton initial. Mais la véracité des faits n’est pas la vérité d’un film. La mise en scène se charge de donner une « esthétique documentaire » (ou telle qu’on l’imagine sur une chaîne de télé type M6), avec des comédiens qui peuvent se couper la parole, une caméra proche d’eux et mobile, un montage très découpé.

Pour quel effet de réel ? Au fond, le film ne s’intéresse pas aux personnages de pédophiles, de parents maltraitants ou paumés, ni même aux enfants victimes d’abus sexuels. Ils sont là surtout pour donner la réplique aux policiers et leur offrir certaines scènes de bravoure, d’émotion, voire de comédie (car le rire n’est pas exclu). Les dialogues sont d’ailleurs truffés de « mots d’auteur », comme on disait autrefois, écrits par Maïwenn et sa co-scénariste, la cinéaste Emmanuelle Bercot, qui est aussi comédienne dans le film.

De toute évidence, l’effet de réel doit bénéficier aux policiers de la Brigade de protection des mineurs, dont on suit la difficulté du travail de très près, d’interrogatoires en missions de « sauvetage » d’enfants. Le film donne de cette BPM une image très valorisée. Nul doute, d’ailleurs, que les vrais flics qui la composent sont des gens majoritairement compétents, et que ce sont de braves gens. Mais on regrette que le film verse parfois dans une hagiographie plus que douteuse : comme cette séquence où, après avoir enlevé des enfants à leurs parents roumains vivant dans un camp – un des pères étant suspecté de proxénétisme –, les flics emmènent dans un bus les gamins tous en pleurs. Mais, à force de gentillesse et de bonne humeur, ils finissent par les faire rire et danser ! Et hop, oubliés les parents ! Mais de quelle vérité parle-t-on quand on ose montrer une telle séquence ?

« Polisse » a aussi ses quarts d’heure de bien-pensanse. Exemple : la scène où la policière maghrébine engueule le père musulman avant de sortir le Coran plutôt que le code pénal pour lui montrer que rien dans le texte ne dit qu’il doit obliger sa fille à se marier au bled avec un cousin qu’elle ne connaît pas. Pour Caroline Fourest, c’est la Palme d’or !

Pas sûr que la fin soit également bien maîtrisée. En parallèle, un enfant, qui a subi des attouchements, se reconstruit à travers la gymnastique (sur la dernière image, il lève en trophée la coupe qu’il vient de gagner – Aïe, aïe, aïe !), tandis qu’une des flics, qui vient d’être promue, se défenestre. Doit-on comprendre ce qui est vraiment dit là : les policiers en bavent finalement davantage que les enfants ?

Maïwenn met aussi les policiers en scène quand ils ne sont pas en action, mais en pause déjeuner, ou lors d’une virée en discothèque, fêtant entre eux un anniversaire. Alors se nouent les complicités, surgissent les anicroches, se vivent les flirts et se racontent les malheurs conjugaux, généralisés à cause de leurs emplois du temps et, sans doute, des horreurs qu’ils entendent à longueur de journée.

L’effet de réel, là encore, est à l’œuvre, mais, de ce point de vue, il concerne avant tout les comédiens, pour beaucoup très connus et donc avec des images pré-établies déjà solides (Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle ou Joeystarr en dur à cuir au grand cœur, évidemment…). Pas d’incarnation possible sans avoir brisé celles-ci. Le talent n’y suffit pas, ni le savoir-faire de la cinéaste, qui s’inspire de la méthode Pialat — l’auteur de Police (1985) – pour favoriser l’impression d’improvisation. L’effet de réel est ambigu quand le réel est une troupe d’acteurs trop conscients d’eux-mêmes. Dès lors les comédiens oscillent entre la performance de numéros de café-théâtre, et la symbiose réelle avec leurs personnages. Un « bal pas très populaire d'acteurs », après le Bal des actrices , le précédent opus de la cinéaste.

« Habemus Papam » de Nanni Moretti

Illustration - « Polisse » de Maïwenn ; « Habemus Papam » de Nanni Moretti ; « Palazzo delle Aquile » de Savona, Porto et Sparatore

Nanni Moretti retrouve la compétition, cinq ans après le Caïman , avec Habemus Papam . Le Caïman tournait autour du personnage Berlusconi, Habemus Papam s’intéresse à la figure d’un autre pouvoir en Italie : le Pape, incarné avec splendeur – on ne le dira jamais assez – par Michel Piccoli.

Le film est une subtile réflexion sur le sentiment qui submerge le nouveau Pape élu par un Concile, dont la décision se révèle une surprise pour les cardinaux eux-mêmes : le sentiment d’imposture. Le Pape ne se sent pas préparé et surtout pas à la hauteur de la tâche, dont il saisit bien les contours et les nécessités.

Si Nanni Moretti n’a pas perdu son ironie, Habemus Papam n’est certainement pas le brûlot que certains semblaient attendre. Le personnage joué par Michel Piccoli imprime le film de son désarroi et de sa mélancolie. En fuyant les responsabilités écrasantes, il se retrouve face à lui-même. Et là, il est désarmé, de même qu’il se perd dans les rues de Rome, incognito, pour échapper à son entourage du Vatican, stressé par cette situation inédite d’un Pape défaillant. Auprès des gens qu’il rencontre, il se fait passer pour un acteur, connaissant encore par cœur les tirades de la Mouette , de Tchekhov, qu’il a apprise dans son jeune âge, quand il voulait faire du théâtre. Du rôle qu’on aimerait tenir à celui que l’on refuse, le film pourrait ainsi se résumer. À cause du théâtre et de l’errance, on songe souvent au film magnifique de Manoel de Oliveira que Michel Piccoli était venu présenté à Cannes il y a dix ans, Je rentre à la maison .

Parce qu’ Habemus Papam prend la forme d’une longue introspection, Nanni Moretti ne manque pas l’occasion d’introduire dans son récit des personnages de psychanalystes. Il interprète l’un d’eux, détenu contre son gré au Vatican. Les rivalités entre la religion et la psychanalyse sont l’occasion de réparties hilarantes. Ce psychanalyste est un personnage typiquement morettien, caustique, obsessionnel, et amateur de jeux de ballon, ici, le volley-ball, qui devient le passe-temps des cardinaux désœuvrés. Mais ces scènes relèvent trop du « clin d’œil » pour ne pas perdre rapidement en intensité. Le water polo de Palombella rossa avait plus de force parce que plus de sens.

Habemus Papam est un film à la fois grave et fantasque, où la foi est peu évoquée, car, chez ce nouveau Pape, ce n’est pas elle qui se dérobe. Ce n’est certainement pas la plus grande œuvre de Nanni Moretti, mais le cinéaste fait preuve ici d’une humilité intéressante qui sert entièrement le personnage joué par Michel Piccoli. Et donc, Nanni Moretti lui-même.

« Palazzo delle Aquile » de Stefano Savona, Alessia Porto, Ester Paratore

Illustration - « Polisse » de Maïwenn ; « Habemus Papam » de Nanni Moretti ; « Palazzo delle Aquile » de Savona, Porto et Sparatore

On ne quitte pas l’Italie avec le documentaire présenté aujourd’hui par l’Acid : Pallazo delle Aquile , de Stefano Savona, Alessia Porto et Ester Sparatore, de production française, qui a obtenu le grand prix du Cinéma du Réel, à Paris, il y a quelques semaines. La scène se passe plus précisément à Palerme, en Sicile. Dix-huit familles expulsées ont décidé d’occuper le Palais municipal pour obtenir une solution de relogement dans les maisons récemment reprise à la Mafia.

Le regard des cinéastes se pose là où cela fait le plus mal. Il y a bien sûr l’atermoiement de la Municipalité qui attend que la situation pourrisse avant de se manifester – car l’occupation attire bien d’autres familles sans toit et s’avère difficile à gérer. Mais surtout, le film montre le hiatus qui surgit entre les familles et les quelques conseillers municipaux de gauche qui les soutiennent et qui, pour deux d’entre eux, les accompagnent jour et nuit dans l’occupation. Pas de dénonciation ici, mais le constat, cruel, que les intérêts politiques des uns et les besoins urgents des autres finissent par diverger. Pallazo delle Aquile n’est pas une œuvre qui enchante mais elle rend lucide.


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