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Publié le 13 octobre 2011
À la télé, Aubry et Hollande s'envoient surtout des mots

À la télé, Aubry et Hollande s'envoient surtout des mots

Disons-le d’entrée, le débat d'hier soir entre François Hollande et Martine Aubry n’a pas modifié le constat que l’on a pu faire de leurs différences. Et n’aura vraisemblablement pas changé la donne. Faute de pouvoir s’opposer vraiment sur leurs propositions, c’est sur les mots et le ton que les deux rivaux se sont mesurés. Quitte à caricaturer eux-mêmes ce qui pourrait les distinguer. Illustration avec trois séquences.

Photo: PATRICK KOVARIK / AFP
Séquence « amitié ». Dès la première question de David Pujadas, les deux impétrants évoquent leur relation « amicale » (Aubry) et leur «amitié» (Hollande), qui n’est qu’une relation de travail, sans vraiment démentir l’inimitié qu’on leur prête l’un envers l’autre. D’ailleurs aucun n’envisage de prendre son concurrent comme premier ministre…

Séquence « gauche ». Interrogée sur son attaque sur « la gauche molle », Martine Aubry est sur la défensive, refuse de dire qu’elle vise le député de Corrèze, et se contente de se citer : « Je l’ai dit et je le redis. Face à une droite dure, il faut une gauche qui ne soit pas molle, une gauche forte. » Cette fois, Hollande ne laisse pas passer : « Moi, je ne sais pas ce que c’est la gauche dure. Je n’ai pas envie, d’ailleurs, d’une gauche dure (sic) , très franchement. On sort de cinq ans d’une présidence brutale et on serait nous une candidature sectaire ? Je ne le veux pas. Je pense que le pays a besoin d’être apaisé, réconcilié. » A la relance de Pujadas, Hollande se défend d’avoir sous-entendu que sa rivale était sectaire1. « Je ne vise personne. Non, je n’ai pas pris ces concepts-là. Je ne suis ni dans la gauche molle, ni dans la gauche dure. Je suis dans la gauche solide et sincère. » Autre synonyme suggéré par Hollande: « Une gauche crédible. » Qui ne promet que ce qu’elle peut tenir, c'est-à-dire (d'expérience) pas grand-chose. C'est ainsi que ni lui, ni elle n’ont abordé dans le fil du débat la question des salaires ou du Smic, du logement ou des services publics, etc.

Séquence « règle d’or ». Martine Aubry porte l’attaque sur la « règle d’or » que proposait Sarkozy. Elle accuse François Hollande d’avoir dit, « au départ, parce que c’était un moment où il fallait donner impression qu’on était plus sérieux que les sérieux, qu’il fallait prendre cette règle d’or » .

« Non, jamais , réplique le député de Corrèze. T u ne trouveras jamais aucun écrit sur la règle d’or de ma part. »

« Je les ai » , coupe-t-elle.

« Oui, Vas-y, donne les moi. »

« On ne va pas se les envoyer en permanence. » Fin de l'échange.

Qui croire ? Recherche faite, une dépêche et une seule, de l’agence Reuters (en date du 4 septembre) titrait « Hollande et Royal pour la "règle d'or" après la présidentielle » . Elle résumait les interventions sur le sujet de ces deux candidats invités chacun dans une émission ce dimanche-là, mais son titre reflétait surtout la prise de position de Ségolène Royal 2 qui venait de dire sur BFM-TV : « La règle d'or est une très bonne règle. Je l'inscrirai dans la Constitution, mais en début de mandat, en 2012. » Notons aussi que quelques parlementaires socialistes avaient bien évoqué l'idée de voter la règle d'or : Jérôme Cahuzac, Christophe Caresche et Gaëtan Gorce... Avant d’être vertement rappelé à l’ordre en réunion de groupe à l’Assemblée. Tous sont des soutiens de François Hollande, Comme Ségolène Royal et Manuel Valls, désormais. Mais Martine Aubry n'y a fait aucune allusion, se bornant à attaquer la position de François Hollande. Au cœur de l’été celle-ci était plutôt de s’engager « en mai 2012, [à faire] voter par le Parlement une loi de programmation des finances publiques [qui] aura vocation à respecter nos engagements européens » et à programmer un retour à l’équilibre budgétaire. Qu’il a fixé depuis à 2017. Inscription dans la Constitution ou dans une loi de programmation, ce n'est pas la même chose. Dans un cas, l'obligation est réputée immuable et non transgressable; dans l'autre, elle ne s'imposerait «que» pour cinq ans, au moins, soit la durée du mandat du président.

Le seul véritable glissement opéré par François Hollande consiste à ne plus parler de loi de programmation ; il se contentera, a-t-il répété plusieurs fois au cours de l'émission, d’inscrire sa volonté de réduction de la dette dans la loi de finances dès 2012. Est-ce à cette inflexion que faisait référence Martine Aubry dans son attaque ?

L'attaque est d'autant plus mal ciblée que la «règle» défendue par la maire de Lille pour «à la fois réduire les déficits publics et relancer la croissance et l’emploi» - affecter « 50% [des recettes fiscales supplémentaires] vers la réduction des déficits, 50 % au financement des priorités, emploi, pouvoir d’achat, éducation, sécurité » -, d'accord pour ramener elle aussi le déficit à 3% dès 2013 et le réduire ensuite autant que possible, n'a pas toujours été très claire non plus, contrairement à ce qu'elle prétend3.

Sur l’ensemble de l’émission, c’est donc plus une impression qui se dégage que de réelles différences politiques. Martine Aubry est souvent apparue plus concrète (au risque de s'emmêler les pinceaux dans ses précisions), chiffrant ses propositions. François Hollande, plus avare de ses mots, a surtout servi des éléments de langage donnant à penser qu’il était déjà dans la peau d’un rassembleur (mais sur quel contenu ? on reste sur sa faim), d’un gagneur (avec tout ce que cela suppose de méthode coué). Le meilleur exemple reste sa conclusion : « Je veux être le président de la victoire. » Ça fait bien, mais c’est aussi creux que de dire avoir un « désir d’avenir ».



  1. Ce n’est pas l’avis de Martine Aubry qui, sur RTL, ce matin, a déclaré ne pas avoir « aimé qu'il reprenne les termes de la droite pour la CMU, pour les 35 heures » . « Ça me gêne toujours quand un homme de gauche utilise les mots de la droite. »  

  2. Après sa défaite sévère dimanche, elle appelle à voter Hollande. 

  3. Le 17 juillet, sur Europe 1, après avoir exposé sa règle du 50-50 «en moyenne» , elle précisait, si l'on peut dire: «Ça veut peut-être dire que la première année ça sera deux tiers vers la réduction de la dette et du déficit.» 


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