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Publié le 3 juillet 2014
Casseroles et ballon rond : Michel Portos, l’œil marseillais

Casseroles et ballon rond : Michel Portos, l’œil marseillais

L’univers de la gastronomie se partage bien souvent entre deux passions. D’un côté les fondus de l’ovalie, de l’autre les amateurs de foot. Ce Mondial est l’occasion d’un tour de table autour du foot, avec quelques grands cuisiniers. Après Alain Passard, Jean-Marc Notelet, place à Michel Portos, à la tête du restaurant Le Malthazar, à Marseille.

C. Lefebvre Hervé Quel est votre rapport au football ?
Michel Portos : Il est lié principalement, exclusivement à l’OM. Je suis un amoureux du club avant tout. Depuis mon enfance, le moteur de mon rapport au foot ne tient qu’à travers lui. Pour tout dire, dans cette Coupe du monde, je ne regarde que Valbuena courir plus qu’un autre joueur. Où que ce soit, j’aime à savoir qu’il soit question de l’OM.

Vous rappelez-vous la première fois où vous êtes allé dans un stade ?

Oui, c’était avec mon père, qui était lui même non pas un fan de foot mais un fan de l’OM. Il m’a transmis le virus. Je ne me souviens plus du match, mais de l’affiche, c’était un Marseille-Saint-Etienne, à l’époque de Josip Skoblar, qui me scotchait. C’était un phénomène sur le terrain. J’ai retrouvé ça plus tard, avec Jean-Pierre Papin, puis Didier Drogba. Il y en a quelques-uns comme ça qui survolent le sujet et qui marquent un spectateur. Skoblar en fait partie.

Quelles sont vos plus grandes déceptions ?
Ça tourne forcément autour de l’OM, à l’époque où Marius Trésor était capitaine de l’équipe de France, après avoir joué à Marseille, quand les Bleus ont perdu contre l’Allemagne, à Séville, en 1982. Trésor avait marqué, on avait été quand même éliminé.

Que pensez-vous de l’arbitrage vidéo ?
On a vu ses faiblesses lors du match France-Honduras, avec des hésitations sur le ballon qui a franchi ou pas la ligne de but, mais dans l’ensemble, je trouve ça nécessaire. Ce qui marche au rugby pourrait marcher au foot. Quand on sera habitué à la vidéo, on n’aura sans doute plus ces instants de flottement. Ça évitera la main de Maradona, contre l’Angleterre, ou celle de Vata, au Benfica, contre l’OM, en demi finale de Ligue des champions, et d’autres, des buts qui peuvent être importants. Dans une phase éliminatoire, ça passe, mais en demi finale, ça peut être dramatique pour une équipe.

Comment regardez-vous les matchs ? Seul, en groupe, en famille ?
Avec mes trois enfants, qui sont fans de foot, au-delà de l’OM, qui connaissent les règles, le nom des joueurs…

Comment conciliez-vous les horaires des matchs et le service au restaurant ?
C’est très simple : quand j’étais à Bordeaux, on avait installé une télévision dans la cuisine. J’ai toujours travaillé chez des gens qui jouaient le jeu, qui acceptaient de mettre une télé à l’occasion de la Coupe du monde. En 1993, au moment de la finale de la Ligue des champions entre l’OM et le Milan AC, j’étais second de cuisine chez Dominique Toulousy, aux Jardins de l’Opéra, à Toulouse, deux étoiles au Michelin. J’avais prévenu le chef que je serai absent pour cause de finale. Il a refusé. Je suis venu au restaurant. Passe 19h, puis 19h30, 20h… A 20h45, il est venu me voir pour quitter le restaurant. On est allé dans un petit salon privé d’un hôtel voisin pour voir le match, avec champagne et canapés. Ce soir-là, dans ce deux étoiles Michelin, il n’y avait ni le chef, ni son second, mais seulement des commis et des chefs de partie ! Maintenant, chez moi à Marseille, au Malthazar, j’ai une télé dans le salon du premier étage…

Illustration - Casseroles et ballon rond : Michel Portos, l’œil marseillais Quel regard portez-vous sur ce Mondial et les mouvements sociaux au Brésil ?
On peut comprendre que dans un pays où vivent tant de gens en dessous du seuil de pauvreté, on n’accepte pas tous les investissements colossaux qui ont été faits. C’est démesuré ! Ce qui m’afflige, aussi bien en Afrique du Sud, où je suis allé, qu’au Brésil, c’est de voir des gens dans une pauvreté extrême. Est-ce qu’il y a besoin d’en faire autant pour ce type d’événement ? ! Il faut imaginer les milliards d’euros investis dans une histoire pareille… Sachant qu’il n’y aura plus rien qui va fonctionner après. Le côté mégalo des présidents et des fédérations me dérange, surtout dans une période de crise pareille.

Comment jugez-vous l’attribution de la Coupe du monde au Qatar en 2022 ?
C’est scandaleux ! Ça me fait vomir ! On sait pertinemment que c’est une histoire de gros sous, que Zidane à touché des millions d’euros pour apporter son soutien. Ça me dégoûte. On n’est plus dans le foot mais dans le bon vouloir de certains qui s’en sont mis plein les poches. On sait très bien qu’il y a de la corruption derrière tout ça et que tout le monde s’est servi.

Un favori, un pronostic pour cette dernière édition ?
J’avais un faible pour l’Italie. Maintenant, je vois bien le Brésil en finale.


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