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Publié le 15 octobre 2014

Un blog pour les sans-abri

En partenariat avec l’accueil de jour de Clermont-Ferrand de la fondation Abbé Pierre, ce blog ouvre ses pages à ceux que l’on ne voit ni n’entend jamais. Les sans-domicile-fixe clermontois, par le biais d’un atelier d’écriture animé par Éloïse Lebourg, pourront désormais raconter chaque semaine leur quotidien ou réagir à l’actualité.

Ce sera tous les mardis après-midis, vers 13H30. Après le repas qu’ils viennent, pour la plupart, prendre au centre de jour de la fondation Abbé Pierre, à Clermont-Ferrand.

Ils sont 10 autour de la table. Trois femmes, des jeunes, des vieux, des Français, une Russe, un Italien. Chacun avec un cahier et un crayon.Tous ont des rêves et des projets.

Tous sont fâchés, en colère contre une société qui n’a pas su leur donner une place. Un stylo pour arme, désormais, ils vont se raconter.

Premier exercice : faire le portrait du voisin. Tous ont joué le jeu de l’empathie, de la curiosité, d’apprendre de l’autre, d’apprendre à l’autre, et parfois se laisser déborder en donnant des conseils, des adresses, des plans.

Romain et Stéphane, deux jeunes « teuffeurs » qui vivent dans l’insouciance de la route et la rue. Mais, une anecdote du passé leur suffit à se trouver « moins que rien », « des mecs qui n’ont pas su saisir les mains tendues ».

Alors malgré un pouce cassé (non soigné), ils font gaffe à ne surtout pas faire de faute d’orthographe. Ils viennent demander conseil pour une tournure de phrase, un angle mal choisi.

Tony et Stéphane se marrent au bout de la table, tous les deux anciens cuistots, une séparation, un départ précipité de la maison, et le vide… L’un se rattrape en jouant à la pétanque  « j’ai même ma licence » , l’autre va chercher ses filles tous les jours à l’école.  « Mes seules raisons de vivre » .

Christophe, tout seul dans son coin, écrit un roman. Il dessine aussi,  « j’ai même vendu quelques unes de mes œuvres. L’un 10 Euros, c’est pas mal pour un croquis sur un bout de carton » . Il est jeune, 33 ans. Mais l’alcool lui a tout fait perdre : son boulot de cariste, la garde de son fils de 7 ans, sa femme.

Il est parti de Valence, sans but, mais il se rapproche doucement de ses parents, qui vivent à Montluçon, avec lesquels c’est si compliqué.  « Je m’en veux de boire, je m’en veux de ne pas réussir à me sortir de cette addiction. Maintenant, je ne bois que le soir. Mais putain, je donnerais toutes mes bouteilles pour serrer mon môme contre moi. »

Luca, lui, vit depuis 19 ans dans la rue. Un mec bien. Sensible, curieux. Il tire le portrait de Véronique, une femme, aide-soignante, sans âge, à la rue depuis un mois pour la première fois de sa vie.  « Bordel, moi qui y vit depuis 20 ans, je sais que la rue, c’est pas pour les femmes, ça c’est injuste, ça ce n’est pas normal. »

Véronique, timide, baisse le visage. Elle tient son petit charriot de courses, rempli à ras bord. Un duvet dépasse. Elle ne se mêle jamais aux autres, n’ose pas encore faire la manche, ni même demander de l’aide.  « Je vais m’en sortir, retrouver un travail d’aide-soignante, et faire de la décoration d’intérieur. »  Elle part, sans oser prévenir, son joli manteau à carreaux sur le dos, la tête basse, trouver un endroit pour dormir.

Helena et Marie-France, quant à elles, sont devenues amies depuis quelques temps, on ne comprend pas trop leur histoire. L’une a fui un pays avec son mari originaire d’Ukraine, Donetsk, plus précisément. Elle souffre d’une jambe.

Marie-France, elle, tourne en boucle, parlant d’une maison vandalisée voilà 10 ans. On ne comprend pas trop, mais elle aide Helena à la traduction de son texte.

Fabrice, lui, fait le solitaire. Il préfère écrire sur le festival qu’ils ont organisé, avec la fondation Abbé Pierre. On ne saura rien sur lui, ni de son passé, ni de son présent. Lui, il veut écrire sur le mépris qu’ont les gens face aux « clochards » comme il se nomme.

Ils sont donc dix autour de la table. Chacun a écrit, puis est reparti avec son cahier. Ils ont décidé de raconter leur quotidien, leur peine et leur joie.

Certains, c’est sûr, décrocheront, parce que sortis de la rue, parce que partis ailleurs, ou sans raison explicable. D’autres rejoindront, peut-être, l’aventure.


Ce blog était initialement hébergé sur [Hexagones.fr->http://www.hexagones.fr/] où il a été créé le 15 octobre 2014.

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