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Publié le 3 septembre 2015
Les migrants face à l’Europe-forteresse

Les migrants face à l’Europe-forteresse

Le festival international de photojournalisme Visa pour l’image, à Perpignan, propose au grand public une bonne vingtaine d’expositions. Troisième volet de cette série, le travail de Giulio Piscitelli sur les migrants. Un travail terriblement d’actualité.

La face contre le sable. Le corps frêle sans vie balayé par la vague. Celui d’un gamin de trois ans, Aylan Kurdi, syrien, mort sur une plage de Turquie, à Bodrum (lieu hautement touristique). Sa famille a quitté Kobané dans le but de gagner d’abord la Grèce avant de retrouver des proches au Canada. Leur bateau a chaviré à quelques centaines de mètres des côtes, entre Bodrum et l’île de Kos. Dans la famille, seul le père compte parmi les rescapés d’un naufrage de plus. Depuis ce mercredi soir 2 septembre, d’abord dans la presse anglaise ( The Independent ), l’image « ébranle les consciences » . La course est au superlatif (et les chaînes d’info en continu ont dû puiser sans doute dans leur dictionnaire des synonymes). Gageons que cette image, présentée déjà comme le « symbole du drame migratoire » ( El Pais ), va plus servir à émouvoir qu’autre chose.

Cette image de l’agence turque Dogan news agency n’est évidemment pas présente à Perpignan. Elle aurait pu trouver sa place dans le reportage au long cours de Giulio Piscitelli, présenté dans cette 27e édition de « Visa pour l’image ».
Illustration - Les migrants face à l’Europe-forteresse
« De là-bas à ici : l’immigration et l’Europe-forteresse » rend compte d’un travail sur le calvaire des migrants de 2010 à 2014, où l’on observe, relève d’emblée le photographe « qu’aucune mesure n’a été prise pour accompagner la hausse des phénomènes migratoires. Ces dernières années, la réponse de l’Union européenne a davantage été de renforcer les contrôles aux frontières, d’interpeler et expulser les migrants, sans respecter leurs droits fondamentaux. En Europe, ils ne jouissent ni de statut juridique, ni d’aides et se retrouvent confrontés au danger, à la violence et à la restriction de leurs libertés. Ces obstacles agissent comme un “filtre” pour sélectionner les résidents potentiels » .

Giulio Piscitelli s’est précisément rendu sur le terrain de ces obstacles, aux portes de l’Europe (en Italie, en Grèce et en Espagne), dans les pays de transit (en Libye, en Tunisie, en Egypte, au Soudan, en Serbie et en Bulgarie). En images, ce sont des centres de rétention, des lieux de recueillement où s’additionnent les cercueils, des points de contrôle aux frontières, de petites embarcations, des camps de fortune installés sur les côtes siciliennes… Des êtres pris dans le ballottement…
Illustration - Les migrants face à l’Europe-forteresse
« Ici et là-bas », ce sont des réfugiés traversant le désert du Sahara, depuis le Soudan jusqu’en Libye ; un migrant au centre de rétention de Ponte Galleria, à Rome ; des Africains à leur arrivée au port, à Pozzallo (Sicile) après avoir été secourus par la marine italienne dans le cadre de l’opération Mare Nostrum ; le cercueil de plus de 300 Erythréens, à Lampedusa, qui ont péri en mer en tentant de fuir leur pays via la Libye ; d’autres réfugiés dans un baraquement près d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, en Serbie ; ou encore un jeune Africain qui se fait soigner après son passage à tabac à Rosarno, en Italie… « Ces migrants voient l’Europe comme un paradis, mais la réalité est bien différente. Et le rêve d’une vie meilleure s’évanouit souvent au pied d’une forteresse imprenable » , observe Piscitelli. Le photographe cadre bien des êtres humains, mais point d’humanité. Il ne force pas le trait, ne se met pas en scène à travers un objectif voyeuriste. Il raconte en images. Il donne à voir, sans pathos, ni mièvrerie, ni écœurement. L’image se suffit à elle-même. Au spectateur de la lire. Et, de l’une à l’autre, tout se passe comme s’il n’y avait plus d’humanité.
Illustration - Les migrants face à l’Europe-forteresse
Visa pour l’image , Giulio Piscitelli, « De là-bas à ici : l’immigration et l’Europe-forteresse », couvent des Minimes, jusqu’au 13 septembre (10h-20h). Entrée libre.


Photos : Giulio Piscitelli

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