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Publié le 4 septembre 2015
Un linceul pour la Somalie

Un linceul pour la Somalie

Le festival international de photojournalisme Visa pour l’image, à Perpignan, propose au grand public une bonne vingtaine d’expositions. Quatrième volet de cette série, la violence au quotidien, en Somalie, meurtrie par les attentats.

Les jours, les années, les décennies se suivent, et se ressemblent. Privée de gouvernement central effectif depuis la chute du régime autoritaire du président Siad Barre, en 1991, la Somalie est en état permanent de guerre civile, livrée aux milices de chefs de guerre, aux gangs criminels et aux groupes islamistes. Issus des Tribunaux islamistes contrôlant (en 2006) le centre et le sud du pays, avant d’en être délogés par des troupes éthiopiennes, les shebab (littéralement, « les jeunes », en arabe) sont à la tête d’une insurrection armée. Proclamant leur allégeance à Al-Qaida, puis chassés de Mogadiscio par la Force de l’Union africaine, ils ont été contraints d’abandonner progressivement la totalité de leurs bastions. Ils continuent cependant de contrôler de vastes zones rurales et restent la principale menace pour la paix dans le pays, multipliant aussi les opérations de guérilla et les attentats-suicides dans la capitale.
Illustration - Un linceul pour la Somalie
En poste depuis quatre ans (correspondant pour l‘AFP), Mohamed Abdiwahab vit l’ordinaire des immeubles détruits, des voitures piégées, des carcasses et des tôles fumantes. « Mon quotidien consiste à témoigner des attentats , dit-il. Pour moi, chaque jour commence de la même façon et se termine de manière identique. Je m’attends au pire, tout en espérant le meilleur. » Et c’est bien le pire qui arrive souvent, si bien que « travailler en Somalie revient à marcher sur le fil d’une épée » .
Illustration - Un linceul pour la Somalie
Sur le fil d’une épée, au milieu d’un peuple meurtri, dont le quotidien, à regarder ces images d’Abdiwahab, consisterait à passer son temps à échapper aux explosions. Mais pas seulement : aux tensions et aux menaces permanentes, à l’effrayante désolation, gavant l’objectif, se mêlent les catastrophes naturelles, les tempêtes, les tornades, les inondations, les incendies (accidentels ou pas), poussant, rejetant les existences toujours un peu plus vers la précarité, la misère, le désespoir, avec le sentiment de ne jamais sortir d’un long cauchemar, d’un calvaire sans fin. Pas de quoi « espérer le meilleur » pour le photographe alors, sinon dans les décombres et l’insalubrité, en cadrant ces adolescents fiers de pêcher le requin dans l’Océan indien, un gamin unijambiste tapant dans un ballon, dans le camp de Sayyid, dans le quartier de Howlwadaag, entre les abris d’infortune, ou cadrant encore ces mômes qui trouvent le moyen de jouer sur la plage du Lido de Mogadiscio. Le Lido… Mogadiscio… Un drôle de nom pour un pareil endroit.

Visa pour l’image , Mohamed Abdiwahab, « La Somalie broyée », couvent des Minimes, jusqu’au 13 septembre (10h-20h). Entrée libre.
Illustration - Un linceul pour la Somalie


Photos : Mohamed Abdiwahab

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