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Publié le 27 novembre 2015
La marche des zads face au blocus de Paris

La marche des zads face au blocus de Paris

Quatre convois se sont rejoints pour célébrer samedi à Versailles un « banquet » contre les « grands projets inutiles », malgré les interdictions.


Un peloton qui serpente tranquillement sur les routes d’Eure-et-Loir, encadré par des tracteurs décorés aux couleurs des zads de France, des riverains souvent enjoués et des gendarmes à cran : le convoi « cap sur la Cop21 » s’approche de son but, à quelques heures de l’ouverture de la conférence climatique.

Partant d’un mot d’ordre lancé en août lors d’un rassemblement « inter-zad », 4 convois ont pris la route depuis Agen (le 11 octobre), Forcalquier (le 24 octobre), Bure (le 21 novembre) et Notre-Dame-des-Landes (le 21 novembre) en direction de Paris, pour dénoncer l’ « hypocrisie flagrante de la France , qui accueille la conférence sur le climat, mais soutient un projet d’aéroport dépassé ».

Malgré les arrêtés d’interdiction de manifester, ils n’ont pas renoncé à leur objectif de s’approcher de Paris pour tenir un « banquet des irréductibles». Ils annoncent ce samedi matin sur le blog de la marche. que le rassemblement doit se tenir à 14 h à Versailles au RER C Château de Versailles – rive gauche.

«Nous avons fait le choix d’éviter toute confrontation directe avec les forces de l’ordre (...) Nous tenons à maintenir ce cadre commun pour le banquet d’aujourd’hui, et à faire résonner la joie de nous tenir ensemble », précise le communiqué.

Arrivée du convoi, jeudi soir à Coulombs.

Jeudi soir, le convoi s’est installé à Coulombs (Eure-et-Loir) sur le terrain d’un agriculteur ami et beaucoup de cyclistes ont été hébergés, comme chaque soir, chez des militants des collectifs de soutien à la lutte de Notre-Dame-des-Landes.

Il déambule dans une ambiance festive avec sa cantine, ses toilettes sèches, son atelier de réparation de vélo et sa cabane d’accueil montés sur des bétaillères. La commission presse alimente le site de la marche et régule le travail des journalistes et les prises de vue, une question particulièrement sensible – des militants viennent d’être assignés à résidence au motif qu’ils auraient été aperçus dans des manifestations. Et le « groupe oreille » se charge de recueillir les doléances anonymes des participants pour réguler les conflits internes au groupe.

Illustration - La marche des zads face au blocus de Paris

« Je les admire »

Dans le cortège comme au sein des commissions, se côtoient toutes les composantes de la lutte de Notre-Dame-des-Landes. Des militants des collectifs de soutien ou de l’Acipa comme des occupants de la zad. Des générations et des cultures militantes différentes, qui forment un alliage redoutable. « Ce qui est formidable, c’est le rapport entre les générations qui s’est inversé. Les anciens suivent et ce sont les plus jeunes qui organisent tout », observe un militant chevronné, « émerveillé » par les moments vécus pendant le convoi. « [Les occupants] sont extraordinaires. Ils ont une grande qualité d’analyse et une vraie culture de l’écoute. Je les admire », témoigne aussi Cathi, militante rochelaise d’un comité de soutien à Notre-Dame-des-Landes.

Vendredi matin, une assemblée extraordinaire était convoquée sous un chapiteau baigné dans une humidité glaciale. Des interventions courtes et concrètes se succèdent entre deux éclats de rire et des points réguliers d’information sur les perquisitions administratives et assignations à résidences contre des militants.

« La marche nous permet d’échanger avec des gens qu’on a croisés pendant les mobilisations à Notre-Dame-des-Landes . Ce n’est pas toujours simple, car nous ne voyons pas toujours leur passif militant et eux ne connaissent pas toujours bien notre fonctionnement, mais cela fonctionne, raconte aussi « Camille », qui répond à la presse au nom des occupants de la zone. Cela fait longtemps qu’on n’avait pas eu l’occasion de faire quelque chose ensemble ».

Lire > Des militants écologistes assignés à résidence
Le consensus est trouvé pour une déambulation courte, direction Emancé, dans les Yvelines, où une autre assemblée devait se réunir pour trancher la question, beaucoup plus épineuse, de l’ultime étape de samedi.

La plupart des participants sont déterminés à ne pas tourner les talons devant les interdictions de manifester, afin de « “visibiliser“ au maximum le point de blocage » et faire apparaître au plus grand nombre la tentative de black out opéré sur un mouvement « qui bouleverse la gauche en profondeur », juge un participant. Et l’Acipa, qui soutient le convoi sans avoir participé à son organisation, n’a pas annulé son car affrété samedi en provenance de Loire-Atlantique dont la destination restait encore inconnue vendredi soir.

Quant à l’obsession des autorités sur les « risques de débordements », les marcheurs tiennent à être clairs : « Ils essaient de nous catégoriser et disent qu’on est violents parce qu’ils ont peur que nos idées s’expriment », s’agace Lucie, bientôt vingt ans. « Mais ils nous font rire ! Et on ne marchera pas dans ce jeu-là. Nous resterons dans une devise “ne pas taper, ne pas casser“ », assure « Camille ».

Samedi, la « marche des zads » prendra fin pour « laisser la place aux différentes sensibilités , ajoute Camille. Libre à chacun ensuite d’aller où il veut ».  

Lire > La lutte climatique avant tout

Illustration - La marche des zads face au blocus de Paris


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