Plaidoyer
dans l’hebdo N° 1005 Acheter ce numéro
«Ma cliente, monsieur le Président, est une personne délicate, habituée aux égards. Elle ne s’attendait certes pas -- en contractant cette union pour laquelle son partenaire lui promettait monts et merveilles, luxe, calme et volupté, rires et chansons, la vie de château en quelque sorte --, elle ne s’attendait pas, dis-je, à ce qu’on la traitât de la sorte.»
«Jugez de la violence qu’on lui fit, en ce petit matin blême (que dis-je : lors d’une nuit encore noire, l’aube n’ayant pas encore infiltré ses doigts de rose sous les persiennes de sa chambre à coucher) où elle fut tirée du lit, rudoyée par un mari aux mœurs grossières (“Faut te magner, ma Carlita, lui a-t-il dit, j’ose à peine le préciser devant votre tribunal, en lui claquant le baigneur, les forts nous attendent derrière leurs étals, et ça fait un bail que le ventre de Paris a quitté Saint-Eustache ; Rungis, ce n’est pas le Pied de cochon, et même avec les motards et les pin-pon, on a bien pour une petite demi-heure de route, fais-toi belle ma poule, et fissa !” ), contrainte de se vêtir comme pour la Cour d’Angleterre, de se maquiller comme pour Paris-Crash, tout ça pour aller faire la belle devant des cageots, la bise à des chevillards, des ronds de jambe devant les bouchers-charcutiers ; obligée de surcroît, ce fut l’apothéose, le pompon et la goutte d’eau qui met le feu aux poudres, obligée, monsieur le Président, de déguster du fromage qui pue en guise de petit-déjeuner en ayant l’air de se régaler, l’horreur ! Il fallait voir (vous l’avez peut-être vu à la télévision -- car elle était là, bien sûr, la télévision, après que la garde eût dispersé les porteurs de pancartes hostiles, elle enregistrait ces scènes
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