Derrière la ferveur des supporters, l’origine décoloniale de la CAN

Compétition cruciale pour tout un continent et sa diaspora, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) porte en elle – et c’est moins connu – une dimension politique liée à l’histoire des décolonisations.

Kamélia Ouaïssa  • 16 janvier 2026 abonné·es
Derrière la ferveur des supporters, l’origine décoloniale de la CAN
Michel Kuka Mboladinga, supporter de la République démocratique du Congo, rend hommage à l'ancien premier ministre Patrice Lumumba en restant immobile, avant le match entre l'Algérie et la République démocratique du Congo, au stade Prince Moulay El Hassan de Rabat, le 6 janvier 2026.
© Gabriel BOUYS / AFP

En plein cœur du 18ᵉ arrondissement de Paris, sur le boulevard Marguerite de Rochechouart à Barbès, l’ancien bâtiment emblématique de l’enseigne Tati, occupé aujourd’hui par l’Union de la jeunesse internationale, accueille les supporters de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) (1). L’UJI est un centre culturel, habituellement dédié à des activités artistiques et citoyennes, qui s’est transformé en lieu de diffusion des matchs de la CAN le temps de la compétition. Les supporters s’y rassemblent, faisant de l’espace un véritable point de rassemblement populaire.

À quelques minutes du coup d’envoi opposant l’Égypte au Sénégal, en demi-finale, l’espace se remplit. Dans la foule, les supporters des équipes adverses se mêlent, drapeaux en main et maillots fièrement arborés. Dans ce grand bâtiment, on ne pensait pas qu’il y aurait autant de monde en ce jour de semaine.

Depuis toujours, le football africain s’est développé à travers des luttes.

S. El Abadi

Les supporters restent figés, le regard tourné vers l’écran. Applaudissements, encouragements. Dès les premières minutes, la pression monte. Elle ne redescend pas pendant la demi-finale suivante, Maroc-Nigeria. L’enjeu est trop grand : voir son équipe de cœur, celle du pays de ses racines, de ses vacances d’été, de ses parents, de sa seconde langue, remporter le titre tant convoité de champion d’Afrique. Car derrière l’enthousiasme populaire et la ferveur, la Coupe d’Afrique des nations dépasse largement le cadre du sport.

Résister à l’hégémonie européenne

Héritière d’un continent marqué par la colonisation et les luttes pour l’autodétermination, la CAN s’impose comme un espace d’affirmation politique, identitaire et mémorielle. Saïd El Abadi, journaliste sportif et auteur du livre L’Histoire du football africain aux éditions Faces cachées, rappelle que « depuis toujours, le football africain s’est développé à travers des luttes : d’abord pour s’émanciper face aux colons, puis pour affirmer son indépendance ».

Il souligne également que ce sport a rapidement été perçu comme une « arme politique », les performances sur le terrain pouvant « rapporter gros symboliquement », au point qu’« une victoire dans une compétition pouvait avoir une résonance impressionnante ».

Lancée en 1957, alors que la quasi-totalité du continent africain demeure sous domination coloniale, la CAN s’impose comme une compétition indépendantiste, conçue par des pays africains pour résister à l’hégémonie européenne dans le sport. Comme le souligne Saïd El Abadi, « le fait d’organiser une compétition continentale africaine constitue déjà une remise en cause de l’ordre colonial, alors que les compétitions étaient normalement contrôlées par les métropoles ».

Il rappelle également que la création de la Confédération africaine de football (CAF) en 1956 s’inscrit dans un vaste mouvement panafricaniste, porté par des figures telles que Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser ou Sékou Touré. Il est animé par la volonté de reprendre le contrôle des institutions

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