La force des images
Dans un livre à paraître, un collectif d’activistes californiens propose une critique virulente de la politique américaine. Dans cet extrait, ils examinent l’impact des événements du 11 Septembre à la lumière des thèses situationnistes.
dans l’hebdo N° 1015 Acheter ce numéro
« Partons du moment, en février 2003, alors que la guerre était imminente, où, à la demande insistante des Américains, on recouvrit d’un pudique rideau la copie du Guernica de Picasso accrochée dans le hall d’entrée de la chambre du Conseil de sécurité des Nations unies – ce n’était pas, en effet, un “arrière-plan approprié” pour une déclaration officielle devant les caméras du monde entier. L’épisode devint un emblème. À Piccadilly Circus ou sur les Ramblas, de nombreuses banderoles se couvrirent de formules sardoniques comparant Bush au taureau beuglant. Un emblème, donc – mais un emblème de quoi ? Un emblème de la volonté permanente de l’État d’exercer un minutieux contrôle des apparences dans sa course à la guerre ? Cela ne fait aucun doute. Mais, dans ce cas précis, cela s’est-il révélé efficace ? Est-ce que cette maladroite tentative de censure ne s’est pas plutôt révélée contre-productive, faisant précisément apparaître la hantise – par le biais d’une imagerie susceptible de donner un visage à la brutale abstraction du “choc et de l’effroi [^2]”– que la bande velcro du rideau était supposée cacher ? Est-ce que finalement cet incident n’est pas plus révélateur de l’angoisse de l’État dans sa tentative de microgestion des moyens de production symbolique – comme s’il redoutait que le plus infime détail du décor déréalisé monté pour ses citoyens pût, en temps de crise, se retourner complètement contre lui ?
Ce sont ces ambiguïtés, appliquées à l’ensemble de la conduite de la guerre et de la politique gouvernementale au cours des quatre dernières
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