Malgré le cessez-le-feu, la justice reconnaît que les Palestiniens de Gaza sont toujours persécutés par Israël

Le 19 décembre, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) a reconnu dans une décision importante que, malgré le « cessez-le-feu », les Palestiniens de Gaza étaient toujours en danger en raison de leur nationalité. Il y a un mois, Mariam, jeune femme palestinienne, a obtenu le statut de réfugié. Elle témoigne.

Pauline Migevant  • 19 janvier 2026 abonné·es
Malgré le cessez-le-feu, la justice reconnaît que les Palestiniens de Gaza sont toujours persécutés par Israël
Manifestation de soutien au peuple palestinien, à Paris, en octobre 2023.
© Maxime Sirvins

En juillet dernier, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) reconnaissait, dans une décision historique, que tous les Palestiniens de Gaza pouvaient bénéficier du statut de réfugié en raison des persécutions qu’ils subissent par Israël. Mais qu’en est-il depuis le « cessez-le-feu » du 9 octobre dernier ? Dans une autre décision le 19 décembre, passée largement inaperçue, la CNDA a répondu qu'ils étaient toujours victimes de persécutions et pouvaient ainsi obtenir le statut de réfugiés.

En se fondant notamment sur les données des Nations unies, la Cour a estimé qu’en dépit de la trêve, « les Palestiniens de Gaza demeurent exposés, [...] à des frappes de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, à la persistance des déplacements de population en dehors de la limite fixée par la « Ligne jaune » [ligne censée délimiter une zone sûre, N.D.L.R.], à une insécurité alimentaire […] ».

Ils subissent aussi « des conditions de vie profondément dégradées en raison des destructions à grande échelle d’infrastructures essentielles à la population civile, comme des points d’approvisionnement et de distribution d’eau et d’électricité, des hôpitaux et des écoles, dont la reconstruction demeure entravée par les restrictions imposées à l’entrée dans la bande de Gaza de tout matériel ou équipement nécessaire ».

Des actes affectant « directement et indistinctement l’ensemble de la population civile de Gaza » et devant être considérés « comme des actes de persécution » poursuit la Cour. En cas de retour dans la bande de Gaza, les requérants peuvent ainsi « craindre avec raison d’être personnellement persécutés » en raison de leur nationalité, « par les forces armées israéliennes qui contrôlent une partie substantielle de ce territoire ».

« La vie dans la bande de Gaza est morte »

Parmi les personnes ayant obtenu l’asile ce jour-là, Mariam*, jeune femme palestinienne. En novembre 2023, elle a dû quitter le quartier d’Al Daraj, où elle avait vécu toute sa vie. En raison des bombardements israéliens, la professeure à l’Institut français de Gaza s’est déplacée à huit reprises dans la bande de Gaza avant d’être évacuée en février 2024 pour arriver en France. Sa famille est restée à Gaza.

« Les gens qui sont évacués avec leur famille, explique-t-elle, c’est la "petite famille" ». Sa fratrie est restée dans l’enclave. « Moi je n’ai pas d’enfants ou de mari, donc malheureusement, je suis venue toute seule. Mes frères et sœurs sont toujours à Gaza. »

Le statut de réfugié implique que Mariam ne pourra pas retourner en Palestine au risque de le perdre, quand bien même les violences perpétrées par Israël s’atténueraient. « C’était difficile de se résoudre à quitter la Palestine », poursuit Mariam. Elle se souvient à l’hiver 2023 d’une pièce qu’elle avait vue à l’université

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Les syndicats de journalistes de plus en plus pris pour cible
Presse • 25 septembre 2026 abonné·es

Les syndicats de journalistes de plus en plus pris pour cible

Depuis plusieurs semaines, ces organisations sont accusées d’être des ennemies du pluralisme, d’entretenir des biais idéologiques. Des attaques en provenance de politiques de droite et d’extrême droite mais également d’éditorialistes, de journalistes présentateur·trices. Un virage inquiétant.
Par Céline Martelet
À Nantes, l’opposition au projet de CRA hausse le ton après le passage en force de l’État
Luttes • 24 septembre 2026 abonné·es

À Nantes, l’opposition au projet de CRA hausse le ton après le passage en force de l’État

En Loire-Atlantique, défenseurs des droits humains et défenseurs de l’environnement s’allient pour tenter d’interrompre la construction d’un centre de rétention administrative dans un bois et sur une zone humide.
Par Mathilde Doiezie
Au CRA de Toulouse, une série de tentatives de suicide sur fond d’allongement des délais de rétention
Récit • 22 septembre 2026 abonné·es

Au CRA de Toulouse, une série de tentatives de suicide sur fond d’allongement des délais de rétention

Au CRA de Cornebarrieu, près de Toulouse, plusieurs personnes ont tenté de se suicider depuis fin août, après l’entrée en vigueur de la loi qui prolonge la durée maximale de rétention de 90 à 210 jours. Des actes de désespoir ont été relevés dans d’autres CRA.
Par Pauline Migevant
Violences sexuelles : face au silence de la justice, elle demande le suicide assisté
Récit • 22 septembre 2026 abonné·es

Violences sexuelles : face au silence de la justice, elle demande le suicide assisté

Depuis 2012, Delphine Huet accuse de viol son supérieur dans la police. Après un non-lieu, elle dénonce un système qui détruit les plaignantes, et se tourne vers le suicide assisté en Belgique.
Par Zoé Grandjacques