L’art de privatiser
Les mécanismes de la privatisation sont toujours les mêmes pour livrer au marché les services postaux, les transports, les télécommunications, mais aussi l’éducation et la santé… Récit sur vingt ans.
dans l’hebdo N° 1017 Acheter ce numéro

Faire entrer les services publics dans le grand club des sociétés anonymes n’est certes pas chose aisée. Pourtant, en vingt ans, l’ensemble du secteur a été ouvert à la concurrence puis privatisé par étapes, selon un modèle lancé dans la plupart des pays européens à la fin des années 1980. Le processus, à de rares exceptions près, est toujours le même, « pernicieusement progressif » , ironise Daniel Paul, député communiste qui, avec plusieurs de ses collègues, a demandé en 2005 – en vain – une commission d’enquête sur l’ouverture à la concurrence des services publics.
Le siège de la Banque postale, à Paris. Piermont/AFP
D’abord, les services publics sont dénigrés inlassablement. Les pesanteurs administratives, les tendances à la bureaucratisation, au corporatisme et à la centralisation excessive, les rigidités… Il est dit et répété que le service public est par nature « incapable d’incorporer les mutations technologiques et les impératifs de la concurrence ». Ces impératifs constituant un dogme jamais discuté. La Poste est, par exemple, stigmatisée pour son retard supposé dans la modernisation de ses services, pour son monopole, et surtout sa dette, gage d’inefficacité. Pour accélérer ce mouvement, la critique la plus radicale vient alors de la Commission européenne. Depuis 1992, et son 22e rapport sur la politique de la concurrence, celle-ci estime le monopole « incompatible avec les règles communautaires de la concurrence » . Puis on invoque l’intérêt des consommateurs ou des usagers [^2]. « Au printemps 1996, relève Pierre Bauby,
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