« Une des sociétés les plus inégalitaires »
Selon Denis-Constant Martin*, l’organisation du Mondial n’était pas une priorité dans un pays où les services publics se dégradent et où la situation sociale est explosive.
Article paru
dans l’hebdo N° 1105 Acheter ce numéro
dans l’hebdo N° 1105 Acheter ce numéro
Politis : Est-ce qu’aujourd’hui encore nous pouvons parler d’un apartheid qui serait économique, de fait ?
Denis-Constant Martin : Le mot apartheid ne convient plus. On est passé d’une société fondée sur des hiérarchies raciales – ou supposées telles puisque évidemment les races n’existent pas – à une société fondée sur une hiérarchie sociale, une hiérarchie du revenu. Cela dit, l’histoire de l’Afrique du Sud fait que cette hiérarchie recoupe assez largement les anciennes hiérarchies, supposément raciales. Mais il y a eu quand même des changements très importants. Pour simplifier, il y a des riches, des pauvres et des intermédiaires. L’écart entre les riches et les pauvres s’est considérablement accru depuis 1994. Parmi les riches, on trouve maintenant une minorité relativement importante d’Africains noirs et, parmi les pauvres, des Blancs. Ce qui était impensable avant 1990. L’Afrique du Sud est, avec le Brésil, une des sociétés les plus inégalitaires du monde. Mais ces inégalités ne sont plus organisées exactement comme elles l’étaient avant 1990.
Comment évoluent les grands bidonvilles du pays ? Les politiques menées sont-elles efficaces ?
Les bidonvilles s’étendent. Si le gouvernement s’en préoccupe, il ne fait pas assez. Leur développement est en partie dû au creusement des inégalités. Une des raisons pour lesquelles les bidonvilles urbains enflent est que le système de l’apartheid était assis sur le contrôle des flux de population. Les gens qui étaient parqués dans les bantoustans n’avaient pas le droit d’en sortir. Et les Africains noirs qui habitaient en ville étaient considérés comme des résidents temporaires. C’était toute
Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
Temps de lecture : 10 minutes