Gustave Massiah : «Une nouvelle phase de la décolonisation»

Gustave Massiah montre comment les insurrections arabes résultent des contraintes sociales imposées par les pays du Nord. Il compare ces mouvements à ceux qui ont jadis chassé les dictatures en Amérique latine.

Denis Sieffert  et  Jennifer Austruy  • 24 mars 2011 abonné·es
Gustave Massiah : «Une nouvelle phase de la décolonisation»
© Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Politis : Quel regard portez-vous sur les révolutions arabes ?

Gustave Massiah : Ces événements sont en rupture avec le passé et ouvrent de nouveaux possibles. La dimension nationale est déterminante, mais le fait qu’il y ait six ou sept révolutions ou insurrections – encore que le terme le plus juste serait Intifada – montre qu’il existe également une dimension régionale et mondiale. La dimension mondiale vient des conséquences des plans de sortie de crise mis en place par les régimes dominants, qui ont généré une certaine exaspération sociale. Le niveau de vie des couches populaires, les inégalités sociales de plus en plus criantes et l’augmentation du prix des denrées alimentaires expliquent cette exaspération.

Les insurrections mettent en avant trois questions : la question sociale, la question des libertés et celle de l’indépendance. Les clans familiaux au pouvoir dans le monde arabe depuis des décennies se sont construits sur un système de rente et de corruption. Cet état de fait a entraîné récemment le refus massif du peuple de se soumettre à ces oligarchies, mais a aussi créé des divisions au sein des classes dirigeantes. L’exemple le plus intéressant, c’est l’évolution du comportement des armées. Ces régimes autoritaires ont

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre
Thierry Discepolo : « Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »
Entretien 17 avril 2026 abonné·es

Thierry Discepolo : « Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »

Le fondateur de la maison indépendante et engagée Agone offre un regard acéré sur les péripéties de la carrière d’Olivier Nora, « ponte » influent depuis des décennies de l’édition française.
Par Olivier Doubre
Des poètes pour sauver le monde
Idées 17 avril 2026 abonné·es

Des poètes pour sauver le monde

Aurélien Vandal s’interroge sur le pouvoir de la poésie face aux souffrances, aux inégalités et à l’oppression. Dans un ouvrage très original, il propose huit portraits et textes de « veilleurs » dont les vers apportent un espoir de résistance aux dominations.
Par Olivier Doubre
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas