Gustave Massiah : «Une nouvelle phase de la décolonisation»

Gustave Massiah montre comment les insurrections arabes résultent des contraintes sociales imposées par les pays du Nord. Il compare ces mouvements à ceux qui ont jadis chassé les dictatures en Amérique latine.

Denis Sieffert  et  Jennifer Austruy  • 24 mars 2011 abonné·es
Gustave Massiah : «Une nouvelle phase de la décolonisation»
© Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Politis : Quel regard portez-vous sur les révolutions arabes ?

Gustave Massiah : Ces événements sont en rupture avec le passé et ouvrent de nouveaux possibles. La dimension nationale est déterminante, mais le fait qu’il y ait six ou sept révolutions ou insurrections – encore que le terme le plus juste serait Intifada – montre qu’il existe également une dimension régionale et mondiale. La dimension mondiale vient des conséquences des plans de sortie de crise mis en place par les régimes dominants, qui ont généré une certaine exaspération sociale. Le niveau de vie des couches populaires, les inégalités sociales de plus en plus criantes et l’augmentation du prix des denrées alimentaires expliquent cette exaspération.

Les insurrections mettent en avant trois questions : la question sociale, la question des libertés et celle de l’indépendance. Les clans familiaux au pouvoir dans le monde arabe depuis des décennies se sont construits sur un système de rente et de corruption. Cet état de fait a entraîné récemment le refus massif du peuple de se soumettre à ces oligarchies, mais a aussi créé des divisions au sein des classes dirigeantes. L’exemple le plus intéressant, c’est l’évolution du comportement des armées. Ces régimes autoritaires ont

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