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Fukushima : la décontamination impossible

Quatre mois après la catastrophe de Fukushima, le Japon reste confronté à des difficultés insolubles. Le point.

Chaque jour, les journaux japonais découvrent un nouveau problème grave lié à la catastrophe de Fukushima, aux rejets radioactifs des trois réacteurs toujours en fusion lente et de la piscine de stockage des barres d’uranium qui continuent de souiller le pays. La question qui agite actuellement le Japon est simple : comment décontaminer des milliers de kilomètres carrés ? La réponse est aussi limpide : c’est impossible.

Autre aspect des difficultés : il faudra encore au moins un an pour que les 100 ou 150 000 tonnes d’eau radioactives qui n’ont pas réussi à refroidir les réacteurs en fusion soient totalement neutralisées. Ce qui leur laisse largement le temps de s’infiltrer dans le sol et de s’écouler vers la mer où nul ne sait comment se propage ou s’accumule la radioactivité. Restera, autre problème, à trouver ce qu’il est possible de faire avec les boues hautement radioactives qui ont déjà été extraites des 10 % d’eaux traitées...

Sur des surfaces de plus en plus importantes, les eaux des rivières, des étangs, des lacs, les terres, les arbres sont plus ou moins contaminés, au hasard des vents et de la pluie. Il va pleuvoir une partie de cette semaine et un vent de Nord-Est d’environ 20 km/h va encore transporter une partie de la radioactivité non fixée vers d’autres villes et vers la capitale. À Tokyo, il est officiellement recommandé de ne pas donner de l’eau du robinet aux jeunes enfants. Les pollutions radioactives gagnent progressivement les nappes phréatiques qu’il est évidemment impossible de dépolluer.

En surface, la pollution inégalement répartie - dont il n’existe pour l’instant aucune carte - est riche en iode, en strontium, en plutonium et césium. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les maladies à venir. Cette pollution touche également tous les animaux, y compris les oiseaux qui partent au loin. Elle concerne aussi les constructions, qu’il s’agisse d’habitations, d’écoles, de bâtiments industriels ou de fermes, et de tout ce qu’elles contiennent. Beaucoup de bétail a été abattu mais il a fallu arrêter l’incinération qui relâchait de la radioactivité dans l’air. Pour éliminer la contamination du sol, il faudrait au moins ôter une dizaine de centimètres d’épaisseur, éliminer la végétation et couper tous les arbres. Pour les bâtiments, quels qu’ils soient, ils doivent être détruits par des équipes soigneusement équipées et dotées de machines qui deviendront, comme à Tchernobyl, autant de (nouveaux) déchets nucléaires. Où mettre ces monceaux de débris radioactifs ? Nul ne le sait.

À Tchernobyl, la solution fut plus simplement résolue : l’Ukraine étant vaste et sa population moins dense qu'au Japon, la zone contaminée a été sacrifiée. Tous les habitants ont été évacués et les déchets plus ou moins «  sécurisés » sur place. Quand aux villages et à la grande ville de Pripiat abandonnés, leurs constructions n'ont pas bougé, tout comme la centrale et ses quatre réacteurs. Pas question de démolir ce que le temps mettra à bas avant que les radioéléments cessent d’être dangereux, transformant une cité moderne de 50 000 habitants en une nouvelle Pompéi. Mais au Japon, où les 126 millions d’habitants s’entassent déjà sur 372 000 kilomètres carrés, l’espace est rare. Impossible donc de laisser la zone contaminée se désertifier. Impossible aussi de trouver de grandes surfaces pour isoler des montagnes de terres et de déchets.

Aux dernières nouvelles, le gouvernement japonais paraît s’orienter, malgré les protestations des militants anti-nucléaires de plus en plus nombreux, vers une décontamination superficielle qui permettrait de laisser revenir des habitants, à leurs risques et périls. Et sans autoriser ni élevage, ni agriculture.


Photo : STR / JIJI PRESS / AFP

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