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L’autre soir, le Monde publiait un entretien, mené par une dévouée journaliste, avec Maurice Lévy, patron de Publicis (le « troisième groupe publicitaire mondial » , précise le Monde), qui faisait cette fracassante annonce : « À partir de janvier 2012, je n’aurai plus de rémunération fixe » car « je veux “hypermériter” ma rétribution, quelle qu’elle soit » .

Maurice Lévy explique : « Jusqu’à présent, j’avais une rémunération divisée en trois parties : une fixe, une variable, les deux sur une base annuelle, plus une partie différée liée à la performance de l’entreprise de 2003 jusqu’à la fin de mon mandat, fin 2011   », pour « éviter que j’aille à la concurrence », et qui « devrait être versée au premier semestre 2012 » .

À ce moment-là, la dévouée journaliste du Monde peut très bien lui demander à combien se montaient, au juste, les deux premières parties (la fixe et la variable) de sa rémunération en trois parties, avant qu’il ne prenne la courageuse décision de renoncer à la première partie de ces deux parties sur trois 1. Rien ne l’oblige, hein ? Mais elle peut.

Elle peut aussi ne pas le lui demander – et c’est en effet la solution qu’elle choisit, de sorte que son lectorat reste dans l’ignorance du montant exact de la partie (fixe) de son émolument à laquelle renonce Maurice Lévy, et de ce qu’elle représente par rapport à l’autre partie (variable) de sa rémunération, à laquelle il ne renonce pas du tout, faut pas non plus exagérer.

Vérification faite : l’heureux patron a touché l’an dernier 3,6 millions d’euros, dont une part fixe de 900 000 euros, représentant donc un quart du total.
De sorte qu’en renonçant à la première partie des deux premières parties de sa rémunération en trois parties, le gars se garde quand même la deuxième partie, variable, qui fut l’année passée de 2,7 millions d’euros. Soit : 225 000 euros par mois. Soit : 212 fois le salaire net mensuel d’un(e) smicard(e). Tout de même.

Et dit comme ça, évidemment, c’est tout de suite moins bouleversant – puisque le gars qui annonce au Monde qu’il n’aura bientôt plus de rémunération fixe a un petit côté gadez-comme-je-me-serre-moi-aussi-la-ceinture-par-temps-d’austérité qui eût été moins immédiatement évident s’il avait déclaré plutôt : « L’année prochaine, pobre de mi, je ne gagnerai que l’équivalent de mes 2,7 millions d’euros de l’an passé (sans parler, bien sûr, des millions supplémentaires que Publicis va me débloquer en 2012 pour me remercier d’être point passé depuis 2003 à la concurrence). »

C’est ce que le Monde a parfaitement compris quand le Monde a fait le choix de se prêter avec une extravagante complaisance en toute indépendance à l’autopromotion du big boss de Publicis – et après tout, est-ce de sa faute, à le Monde, si dans l’espace réduit des congrus feuillets qui lui étaient impartis sa journaliste n’a tout simplement pas eu assez de place pour mentionner que Publicis possédait de gros bouts d’une régie publicitaire du Monde ?


  1. J’espère que tu suis ? 


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