Avec le Front de gauche, la ville rose voit rouge

Après le succès de sa « prise de la Bastille », le Front de gauche s'est emparé, jeudi 5 avril, pour quelques heures, de la place du Capitole à Toulouse. Jean-Luc Mélenchon y a prononcé un discours centré sur la souveraineté du peuple, l'Europe et la politique internationale.

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La petite aiguille du cadran de l'horloge du Capitole n'est pas encore arrivée sur le cinquième repère que la place commence déjà à se remplir. Ballons, drapeaux, et même quelques bonnets phrygiens le symbole des esclaves affranchis étant décidément revenu à la mode depuis le 18 mars... Un petit tas de pancartes (faites main) est pris d'assaut par les militants et sympathisants venus en nombre de toute la Haute-Garonne. « On est toujours agréablement surpris par l'affluence, mais on ne se sent pas débordés, rassure Patrice Perdereau, qui gère la logistique des meetings du Front de gauche. On peut compter sur les réseaux locaux de bénévoles. Ça fait un mois et demi qu'ils organisent l'événement de Toulouse ». « L'objectif, c'est de faire mieux que la Bastille » , plaisante – à moitié seulement – une Toulousaine.

Certes, la place du Capitole n'est pas la place de la Bastille, où s'étaient rassemblés plus de 100 000 personnes. Mais vers 20 heures, le Front de gauche annonçait 70 000 spectateurs rassemblés devant l'hôtel de ville de Toulouse, ses rues adjacentes, et sur la place Wilson où deux écrans géants avaient été installés.
Illustration - Avec le Front de gauche, la ville rose voit rouge

Les places au peuple !

A la tribune, protégée des gouttes d'une pluie glaçante par une bâche, Christian Piquet, porte-parole de la Gauche unitaire rappelle que « les places sont au peuple » , et décline ce que serait « la république sociale » : « C'est celle qui mettra au pas la nouvelle aristocratie de l'argent », « celle qui interdira les licenciements boursiers » , qui instaurera « une nouvelle nuit du 4 août » , et proclamera la VIe République. « Nous voulons un Front populaire du XXIe siècle ! »

Myriam Martin, ancienne porte-parole du NPA – dont une partie s'est récemment prononcée pour un vote Front de gauche –, lance pour sa part un intéressant appel à l'unité (voir encadré). Invitant à « construire une gauche de combat […] qui ne se contente pas d'une alternance molle du PS » mais qui propose un « vrai projet de rupture avec le capitalisme » .

Nicole Borvo, présidente du groupe communiste républicain et citoyen au Sénat, s'attache enfin à remémorer quelques propositions phares du programme du Front de gauche, L’Humain d’abord : Smic à 1 700 euros, interdiction des licenciements boursiers, renouveau industriel, pôle public de relance de l'investissement, retraite à 60 ans à taux plein... Avant de lancer avec insistance : « Nous ne participerons pas à un gouvernement qui mettra en œuvre une politique d'austérité. »

« La France n'est pas une nation occidentale »

Quelques minutes plus tard, Jean-Luc Mélenchon apparaît sous un tonnerre d'applaudissements. « Elle est là la force. Elle s'étend, elle s'affirme, et je vous appelle à l'élargir sans cesse », commence-t-il après quelques salutations en espagnol. « Ce phénomène qui remplit cette place, cela s'appelle la révolution citoyenne ! »

En tout, une petite trentaine de minutes dédiées à la souveraineté du peuple, à l'Europe, et à la politique internationale. Un beau discours, très préparé, et, c'est assez rare pour le noter, dûment lu à l'aide de ses lunettes de vue. Où il s'interroge sur la souveraineté d'un peuple qui a vu son vote au référendum de 2005 piétiné par Nicolas Sarkozy. « Qu'il s'agisse du traité européen, ou de cette participation à l'Otan, nous, le Front de gauche, proclamons que nous soumettrons au référendum populaire ces deux engagements. La France doit proposer une nouvelle alliance altermondialiste indépendante des USA. [...] La France n'est pas une nation occidentale. Elle est une nation univeraliste ! » Et d'appeler, avec une certaine émotion à retrouver « le temps des cerises » en ce « mois de Germinal » .

Une quinquagénaire dans la foule : « Toute cette énergie, cette ferveur, ça me rappelle ma jeunesse, avant le tournant de 1983, quand on croyait encore à une vraie gauche. » « On ne s'en sortira pas sans l'Europe, poursuit une étudiante en droit constitutionnel, venue de Montpellier, mais pas cette Europe-là, libérale et obsédée par la concurrence. Il faut vraiment que ce sujet arrive à se faire une place dans la campagne. » Jean-Luc Mélenchon, en tout cas, s'y emploie.


Photo : AFP / Pascal Pavani. Une : Michel Soudais

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