Stéphane Delorme : « Être critique, c’est être aux avant-postes de l’époque »
Les Cahiers du cinéma consacrent leur numéro de septembre au « vide politique du cinéma français ». Stéphane Delorme, rédacteur en chef de la revue, détaille ici le rôle crucial que peut jouer une presse critique dans un temps de consensus.
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Les Cahiers du cinéma tiennent la forme. L’histoire prestigieuse de la revue, haut lieu de la cinéphilie, n’empêche pas Stéphane Delorme, son actuel rédacteur en chef, de la faire évoluer, avec cette idée qu’il n’y a pas d’approche du cinéma sans regard sur le monde. Les Cahiers du cinéma font preuve d’un ton et d’un esprit combatifs, qui interpellent autant le spectateur que le citoyen. Une démarche enthousiasmante, que nous avons voulu mieux approcher au gré de cet entretien.
Dans votre numéro du mois de février, vous avez consacré aux attentats du début de l’année un dossier très incisif, qui a marqué les esprits. Pourquoi les Cahiers du cinéma ont-ils ressenti la nécessité de réagir à cette actualité ?
Stéphane Delorme : La première réponse, c’est parce que l’attentat contre Charlie s’est passé dans une salle de rédaction. La presse était touchée. Et pas n’importe laquelle : Charlie Hebdo, une presse, à nos yeux, intelligente et insolente. Ensuite l’événement a suscité un retour sur nous-mêmes : que faisons-nous ? Quel exemple donnons-nous ? Sommes-nous assez libres ? Assez engagés ? Les Cahiers du cinéma, depuis que je suis rédacteur en chef, ne parlent pas que de cinéma. La question de fond, c’est l’époque. Je vois les Cahiers comme une revue d’intervention. Si je suis devenu critique, et pas seulement critique de cinéma, c’est pour voir survenir les événements et m’interroger sur la manière dont nous pouvons les accueillir. Être critique, c’est être aux avant-postes de l’époque. Et cette préoccupation traverse tous les textes que nous publions. Le critique a un rôle crucial aujourd’hui, dans un temps de consensus. Cependant, les Cahiers restent une revue de cinéma. À la limite, en tant que rédacteur en chef, vis-à-vis des lecteurs, je ne suis pas mandaté pour sortir du cinéma. J’ai le respect de l’endroit où je suis. Il n’empêche que cet événement m’a
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