Ce que résister veut dire

L’heure politique est aux coups de menton, aux certitudes abruptes, à l’état d’urgence, à l’éradication, à l’anéantissement, à la guerre. Et il n’est pas bien vu de vouloir comprendre.

Denis Sieffert  • 18 novembre 2015 abonné·es

Étrangement, le mot qui m’est venu immédiatement à l’esprit en entendant les premiers témoignages des attentats du 13 novembre n’appartient pas trop à mon vocabulaire. C’est le mot destin. Cette chose insaisissable que l’on appelle le hasard quand on est mécréant, mais qui ne cesse de nous tarauder comme s’il fallait absolument lui trouver un sens. Combien de rescapés de la tuerie s’interrogent : « Pourquoi mon voisin et pas moi ? » Cette interrogation lancinante ne les quittera sans doute jamais vraiment. Elle ne nous épargne pas à Politis, nous qui sommes pleinement de ce quartier où les tueurs ont frappé ; nous qui avons nos habitudes dans les cafés alentour, cibles de la mitraille. Combien de fois ai-je entendu depuis vendredi soir : « J’y étais deux heures plus tôt » ; « J’y étais hier ».

On a beau ne jamais être indifférent à la misère du monde, même lointaine, c’est autre chose quand on sent le souffle des assassins. Quand ces jeunes sont les nôtres, nos amis, nos enfants, les amis de nos enfants, dans ce quartier qui respire la liberté. Ce quartier chargé d’histoires révolutionnaires. Saura-t-on un jour si les tueurs ont spécialement voulu viser cette population pour sa jeunesse, sa tolérance, son plaisir du « vivre ensemble » – un meurtre sociologique en somme – ou si c’est encore le hasard ? Quoi qu’il en soit, ce peuple bigarré

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Une analyse au cordeau, et toujours pédagogique, des grandes questions internationales et politiques qui font l’actualité.

Temps de lecture : 8 minutes