« Les valeurs ouvrières ne sont plus transmises »
Réalisé avant les régionales, l’entretien que nous publions ici de deux sociologues, Stéphane Beaud et Michel Pialoux, avec Christian Corouge, ouvrier retraité de Peugeot, explique beaucoup.

Un peu plus d’une semaine après les attentats de Paris du 13 novembre, nous avons eu un premier entretien, le lundi 23 novembre, avec Christian Corouge. Il nous a parlé une quinzaine de minutes. Tout ce qu’il disait nous paraissait si original et si peu entendu que nous avons eu l’idée de proposer à Denis Sieffert un texte de lui en lieu et place d’une analyse qu’il nous avait demandée comme « sociologues ». Nous avons rappelé Christian le lendemain et avons pu discuter un peu moins d’une heure au téléphone en l’enregistrant. Précisons que Michel Pialoux connaît Christian depuis 1983 et qu’ils ont réalisé un travail sociologique au long cours, paru notamment dans un livre, Résister à la chaîne [^2].
Tu vis depuis quarante ans dans le quartier populaire de Champvallon, à Bethoncourt [à quelques kilomètres de la grande usine Peugeot de Sochaux]. Quelle appréciation portes-tu aujourd’hui sur le contexte politico-social au niveau local ?
Christian Corouge : Ce que je vois d’abord dans mon quartier de Champvallon ? C’est que tous ceux qui ont un petit job, même en intérim, ont essayé de se tirer par tous les moyens des grands ensembles pour faire bâtir une maison. Ce qui a appauvri économiquement le quartier puisqu’il n’y a plus, ou presque, que des gens qui ne bossent plus. Il s’agit de familles nombreuses, pour beaucoup monoparentales, souvent immigrées, ou de retraités. Avec le désengagement de l’État et des communes, qui s’ajoute au fait que Peugeot a réduit drastiquement ses embauches, mêmes précaires, on voit bien que ces quartiers vont finir par être complètement démolis. Ou