Désembrigader, d’accord, mais qui et comment ?
Depuis septembre, chaque préfecture est dotée d’une cellule de déradicalisation réunissant travailleurs sociaux, psys et forces de l’ordre. Face à un phénomène protéiforme, les méthodes diffèrent, parfois risquées.
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© PAVANI/AFP
Pour qu’un jeune candidat au jihad accepte d’être « déradicalisé », il faut qu’il ait déjà fait un bout du chemin. Soit il tombe sous le coup d’une mesure judiciaire parce qu’il rentre de Syrie ou qu’il a été arrêté à la frontière, soit il fait l’objet d’une mesure de prévention. « Un jeune ne sait pas qu’il est radicalisé, explique l’anthropologue Dounia Bouzar, qui a créé le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI). Il pense que nous sommes endormis et qu’il est libre. Daech l’a prévenu : “Ils vont te mettre le doute.” Avec les 700 jeunes que nous suivons, il a fallu ruser. » Le processus commence donc avec la famille. Depuis septembre, chaque préfecture est pourvue d’une « cellule de déradicalisation » qui coordonne les opérations sur place. Il existe plusieurs degrés de radicalisation. L’association Entr’autres à Nice, qui collabore à la « cellule Ciotti », député des Alpes-Maritimes inspiré par les méthodes de mentorat danoises (voir p. 21), a établi une dizaine de profils : de la jeune fille qui se met à porter le voile intégral et rêve de sauver les victimes de Bachar Al-Assad au garçon que l’idée de mourir en martyr en faisant le maximum de victimes exalte. « Notre objectif n’est pas de soigner, mais de faire changer de niveau », précise Patrick Amoyel, psychanalyste et cofondateur de l’association niçoise, laquelle organise les 23 et 24 janvier un colloque national : « Islamisme radical et tentation du jihad ». Que l’ultra-radicalisé passe de l’action terroriste à un salafisme politique. Que le salafiste politique passe à un salafisme pieux, etc. La constante, pour cette association créée
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