Jihadisme : « Des crises d’adolescence qui tournent mal »
Le psychiatre Serge Hefez reçoit en consultation des jeunes convertis au jihad. Selon lui, leur quête de sens et l’efficacité des recruteurs les entraînent vers des états qui s’apparentent à des délires paranoïaques.
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Le pédopsychiatre Serge Hefez travaille depuis plus de trente ans avec des adolescents et leurs familles. Concernant les jeunes qui se radicalisent, il renvoie au mot du politiste Olivier Roy, qui parle d’ « islamisation de la radicalité » pour évoquer une islamisation de la révolte adolescente. Il travaille dans un premier temps avec les familles sur l’adhésion des jeunes à une démarche de soin, et, dans un second temps, sur le clivage intérieur qu’il décèle chez eux. Selon lui, la résolution de ce clivage offre des perspectives de rétablissement.
En quoi consiste votre consultation dédiée aux jeunes radicalisés à la Pitié-Salpétrière ?
Serge Hefez : Je vois des familles suivies par le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI) depuis plus d’un an. Pour les recevoir dans un lieu plus institutionnel, j’ai obtenu un budget pour mon équipe de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’adolescent à la Pitié-Salpétrière. Pour nommer cette consultation, on cherche une appellation plus axée sur des questions de prévention que de « déradicalisation ». Elle s’adresse à des jeunes qui veulent partir faire le jihad, mais aussi à ceux qui en reviennent.
Comment ces jeunes en viennent-ils à vous consulter ?
De quelle manière peut-on susciter l’adhésion d’un jeune à un