Antiterrorisme : un projet de loi controversé à l’Assemblée

Les députés se penchent, ce mardi, sur un texte critiqué pour ses dispositions inspirées de l’état d’urgence.

Lena Bjurström  • 1 mars 2016
Partager :
Antiterrorisme : un projet de loi controversé à l’Assemblée
© Photo : Le Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, dans l'hémicycle le 1er mars 2016. ALAIN JOCARD / AFP

Nécessaire à la lutte contre le terrorisme pour les uns, état d’urgence permanent pour les autres, l’Assemblée a entamé, mardi, l’examen du projet de loi « renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale », porté par le ministère de la Justice. Plus de 500 amendements devront être examinés, avant un vote solennel le 8 mars et le renvoi au Sénat à compter du 29 mars.

Le texte, à l’origine une réforme de la procédure pénale portée par l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, avait été considérablement musclé après les attentats du 13 novembre. L’enjeu : « renforcer de façon pérenne les outils et moyens mis à la disposition des autorités administratives et judiciaires », selon l’exposé des motifs. Mais les détracteurs du projet dénoncent la volonté du gouvernement d’introduire dans la loi commune des dispositions de l’état d’urgence, et de renforcer les pouvoirs administratifs au détriment de la Justice, comme dans le cadre de cet état d’exception.

Lire > Henri Leclerc : « Réduire les libertés ne sert à rien »

Entre autres dispositions controversées, le projet de loi crée un nouveau régime d’irresponsabilité pénale au bénéfice des forces de l’ordre, parallèle à celui de la légitime défense. Ce régime protègerait les policiers ayant fait usage de leur arme en cas « d’absolue nécessité », contre quelqu’un venant de commettre ou de tenter de commettre un meurtre.

Le texte prévoit également l’instauration, après un contrôle d’identité, d’une possible rétention de quatre heures, « lorsqu’il y a des raisons sérieuses de penser que son comportement est lié à des activités à caractère terroriste, le temps nécessaire à l’examen de la situation ».

Les pouvoirs administratifs auraient par ailleurs la possibilité de contrôler les personnes s’étant rendues « sur un théâtre d’opération de groupements terroristes » dans des conditions « susceptibles de les conduire à porter atteinte à la sécurité publique ». Si aucun élément justifiant leur mise en examen n’est trouvé, le ministère de l’Intérieur pourra tout de même décréter leur assignation à résidence, pour une durée d’un mois.

Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses
Direct 19 février 2026

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.
Par Politis
« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »
Entretien 19 février 2026 abonné·es

« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »

Un militant du collectif antifasciste La Horde analyse la manière dont les groupes qui luttent contre l’extrême droite sont désignés comme des ennemis de l’intérieur, alors que des personnes militant à la Jeune Garde ont été interpellées suite à la mort de Quentin Deranque.
Par Olivier Doubre
Municipales : à Vaulx-en-Velin, l’union de la gauche peut attendre
Reportage 18 février 2026 abonné·es

Municipales : à Vaulx-en-Velin, l’union de la gauche peut attendre

Plus que jamais, le torchon brûle dans cette grosse ville populaire de l’est lyonnais. Le PS et LFI s’y écharpent autour des élections municipales, entraînant les écolos et les communistes dans leur sillage.
Par Oriane Mollaret
Municipales : à Strasbourg, Jeanne Barseghian à l’épreuve de la guerre des gauches
Reportage 18 février 2026

Municipales : à Strasbourg, Jeanne Barseghian à l’épreuve de la guerre des gauches

Élue en 2020 à la tête de la mairie de Strasbourg, l’écologiste doit faire face à la concurrence de deux autres listes de gauche, une insoumise et une socialiste. Cette dernière, menée par l’ancienne maire de la ville Catherine Trautmann, compte bien refermer la parenthèse verte dans la capitale alsacienne.
Par Noé Megel