Amiante : vers un non-lieu général ?

La cour d’appel de Paris annule pour la deuxième fois la mise en examen de neuf responsables dans le dossier de la fibre cancérogène.

Ingrid Merckx  et  AFP  • 15 septembre 2017
Partager :
Amiante : vers un non-lieu général ?
© photo : ALAIN JOCARD / AFP

Le scandale rebondit dans le dossier de l’amiante. Ce 15 septembre, la cour d’appel de Paris a annulé pour la deuxième fois la mise en examen de neuf responsables nationaux impliqués dans les affaires du campus de Jussieu et des chantiers navals Normed à Dunkerque.

Motifs invoqués par la cour d’appel : ces responsables ne disposaient pas d’un réel pouvoir décisionnaire, ils n’auraient pas commis de faute puisqu’à l’époque, l’usage de l’amiante était admis, et ils ne pouvaient avoir une connaissance exacte des dangers de la fibre car les avancées scientifiques étaient en constantes évolutions.

Ces responsables avaient été mis en examen entre fin 2011 et début 2012 pour homicides et blessures involontaires dans le cadre de l’enquête portant sur la recherche d’éventuelles responsabilités nationales dans la gestion du dossier de l’amiante.

À lire aussi >> Amiante : un permis de tuer pour les industriels ? Entretien avec la sociologue Annie Thébaud-Mony

Les avocats des victimes ont décidé, après 21 ans d’enquête, un nouveau pourvoi en cassation. « Il est tout simplement scandaleux que cette affaire se termine par la mise hors de cause de tous ceux qui étaient chargés du système de veille sanitaire », a réagi Michel Ledoux, l’un des avocats. Vice-président de l’Andeva, l’association nationale des victimes de l’amiante, François Desriaux a dénoncé « l’apathie des juges » à vouloir juger cette catastrophe.

Les neuf mis en examen avaient été impliqués entre 1982 et 1995 dans le Comité permanent amiante (CPA). Dissoute dans les années 1990, cette structure accusée par les parties civiles d’être le lobby des industriels et le promoteur de « l’usage contrôlé » de la fibre cancérogène pour en retarder l’interdiction, a été épinglée dans un rapport sénatorial.

L’amiante a été interdite en France en 1997. En juin 2017, les juges chargés de l’instruction ont estimé qu’il était impossible de déterminer avec certitude la date d’intoxication d’un malade exposé à la fibre cancérogène. Et le parquet de Paris a demandé la fin des investigations.

Pour François Desriaux, « les malades ont été dédommagés au civil, mais le scandale de l’amiante ne peut être traité par la justice comme une catastrophe naturelle : il y a clairement eu des fautes et des responsabilités pénales ». Après le scandale sanitaire, le scandale judiciaire ? Selon les autorités, qui imputent à l’amiante 10 à 20 % des cancers du poumon, l’exposition à la fibre pourrait provoquer jusqu’à 100 000 décès d’ici à 2025. D’après l’Andeva, 3 000 personnes meurent chaque année. Mais les quelque vingt dossiers de l’amiante pourraient aboutir à des non-lieux.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Naufrage dans la Manche : des petites mains du réseau expliquent avoir voulu passer en Angleterre
Justice 18 septembre 2026 abonné·es

Naufrage dans la Manche : des petites mains du réseau expliquent avoir voulu passer en Angleterre

Le procès des passeurs présumés, suite au naufrage ayant tué 31 personnes dans la Manche, a commencé le 8 septembre. Parmi les 14 prévenus, certains assurent avoir travaillé pour les filières afin d’assurer leur propre passage vers les îles britanniques.
Par Pauline Migevant
« Nous attendons depuis cinq ans la justice dans la douleur » : au procès des passeurs, les familles de victimes témoignent
Justice 10 septembre 2026 abonné·es

« Nous attendons depuis cinq ans la justice dans la douleur » : au procès des passeurs, les familles de victimes témoignent

Lors d’un passage express en France, quatre proches de victimes, venus du Kurdistan irakien, ont exprimé leur besoin de vérité et de justice durant les deux premiers jours du procès des présumés passeurs.
Par Pauline Migevant
Naufrage meurtrier dans la Manche : comment les enquêteurs ont identifié les présumés passeurs
Justice 9 septembre 2026 abonné·es

Naufrage meurtrier dans la Manche : comment les enquêteurs ont identifié les présumés passeurs

Mardi 8 septembre, a débuté le procès des 14 présumés passeurs, cinq ans après un naufrage dans la Manche ayant tué 31 personnes. Pour remonter les filières, l’instruction a décortiqué la téléphonie des naufragés et des suspects, et les renseignements de la police.
Par Pauline Migevant
31 personnes mortes dans la Manche : le procès des passeurs s’ouvre cinq ans après le naufrage meurtrier
Justice 8 septembre 2026

31 personnes mortes dans la Manche : le procès des passeurs s’ouvre cinq ans après le naufrage meurtrier

Le procès de 14 hommes accusés d’être les passeurs de la traversée du 24 novembre 2021 démarre ce mardi. Le naufrage dans la Manche avait tué 31 personnes exilées, désireuses de rejoindre l’Angleterre. Les militaires, qui n’étaient pas intervenus malgré les appels de détresse, font l’objet d’une procédure distincte.
Par Pauline Migevant