Serment de Cambrai : des mutuelles s’unissent contre les ravages des pesticides

Face à l’explosion des maladies chroniques, des complémentaires santé s’engagent contre l’agrochimie en France et en Europe, notamment en prévoyant d’investir dans des projets agroécologiques.

Vanina Delmas  • 4 décembre 2025 abonné·es
Serment de Cambrai : des mutuelles s’unissent contre les ravages des pesticides
Sur un panneau indiquant la sortie de Poitiers, un message ironiquement adressé au mouvement des agriculteurs pro-pesticides, dont il reprend les codes de protestation.
© Jean-Francois Fort / Hans Lucas via AFP

"Imaginez un monde où les maladies chroniques ne seraient plus une fatalité. Un monde où les mutuelles deviendraient des pionnières de la santé planétaire », lance Jocelyne Le Roux, présidente déléguée de Mutuelle Mutami, dans la grange de la ferme de Sébastien Lemoine, agriculteur et betteravier bio à Gouzeaucourt (Nord), près de Cambrai.

Ce 6 octobre, environ 70 personnes issues du monde des mutuelles, de la santé, de la protection de la nature et de l’agriculture biologique, mais aussi des victimes de pesticides de France et de Belgique sont venues découvrir le projet de Fabrique à sucre bio, une coopérative sucrière régionale, que Sébastien Lemoine et son équipe tentent de développer depuis une décennie.

Un projet qui fait partie des solutions mises en avant lors de L’Odyssée pour notre santé, une tournée militante organisée par vingt mutuelles belges et françaises entre Bruxelles et Margny-lès-Compiègne (Oise) pour interpeller le grand public sur les dangers des pesticides. Cette étape s’est conclue par la signature symbolique du Serment de Cambrai, « pour faire advenir un nouveau chapitre de la santé publique grâce à une alimentation et une agriculture sans pesticides de synthèse ».

La plupart des demandes s’appuient sur des lois existantes mais pas appliquées ou peu ambitieuses : maintenir l’objectif européen de 50 % de réduction des pesticides d’ici à 2030, réévaluer les autorisations de mise sur le marché en tenant compte des effets cocktails et des expositions chroniques, atteindre 20 % minimum d’aliments bio dans les marchés publics dès cette année et viser une Europe 100 % agroécologique d’ici à 2050.

Amiante, pesticides, même combat

Pour Martin Rieussec-Fournier, président de l’association des Mutuelles pour la santé planétaire (1), les complémentaires santé sont restées trop longtemps silencieuses sur le sujet des pesticides, alors qu’elles ont été déterminantes dans le combat contre l’amiante. « Il y a des similitudes entre le drame de l’amiante et celui des pesticides : les petites doses rendent malades, les effets sont souvent différés entre l’exposition et la maladie, les travailleurs sont les premières victimes, mais la population générale est également exposée. »

Au plus près des travailleurs dans les usines, les mutuelles ont contribué à l’interdiction de l’amiante en 1997 en France et en 2005 en Europe, notamment en faisant émerger cette question dans le débat public, en s’engageant pour obtenir réparation en justice et en soutenant les associations comme l’Addeva (Association départementale des victimes de l’amiante). Une stratégie et une victoire qui ont inspiré leurs futures actions contre les pesticides.

Une dynamique a pris forme en 2024 pour faire entendre la voix des mutuelles et ­interpeller les pouvoirs publics français et européen. En janvier, une tribune signée dans Le Monde par quarante responsables de mutuelles de santé (la Mutuelle familiale, Aubéane Mutuelle de France, Mutuelle Entrain, Groupe Intériale, Mutami, etc.) détaille le parallèle entre le problème de l’amiante et celui des pesticides.

En février, un colloque « Amiante et pesticides » est organisé au Sénat, et en avril un collectif de 50 mutuelles de santé issues de France, de Belgique et de Pologne – représentant plus de 30 millions d’Européens – tiennent le même discours au Parlement européen. L’association des Mutuelles pour la santé planétaire regroupe désormais une vingtaine de structures, qui représentent sept millions de Français, et souhaite investir concrètement dans des projets vertueux.

« La santé commence dans les champs »

Nicolas Pomiès, vice-président de Mutuale, qu’il définit comme une « petite mutuelle ouvrière », critique le système productiviste et de libre-échange qui a poussé les agriculteurs dans la spirale des pesticides, et qui transforme les « complémentaires santé en trusts de la santé ». « Les

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