Audiovisuel public : le tour de vis budgétaire

Le projet de loi de finances pour 2018 entend imposer 80 millions d’euros d’économies.

Jean-Claude Renard  • 13 septembre 2017
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Audiovisuel public : le tour de vis budgétaire
© photo : LUDOVIC MARIN / AFP

Cinquante millions d’euros d’économie pour France Télévisions, vingt pour Radio France, cinq pour Arte et quelques-uns pour France Médias Monde. Tel est le régime drastique que prépare le projet de loi de finances 2018 pour l’audiovisuel public, selon les informations du Monde qui précise qu’entre la tutelle et les entreprises, « les discussions sont encore en cours, ce qui pourrait modifier l’impact de ces mesures ». Et toucher également TV5 Monde ou l’INA…

Après quelques années de diète, et un retour à la hausse en 2017 dans son budget (3,9 milliards d’euros, soit +1,6 % par rapport à 2016, environ 62 millions d’euros), le secteur s’attend donc à dérouiller à nouveau, revenant à une situation aussi délicate qu’il y a deux ou trois ans.

France Télévisions vient à peine d’équilibrer ses comptes (en 2015 et 2016), tandis que Radio France reste déficitaire (entre 6 et 7 millions d’euros), en attendant un retour à l’équilibre en 2018. Mais toutes ces entreprises publiques vivent déjà des plans d’économies, reposant sur la masse salariale.

Cette annonce intervient alors que les contrats d’objectifs et de moyens ont été conclus ces dernières années entre ces entreprises et l’État (établis sur cinq ans).

Pour la Société civile des auteurs multimédia (Scam), « cette annonce contredit les engagements de l’État envers le service public audiovisuel. En dépit de longues négociations, d’engagements pris sur l’avenir selon une trajectoire financière calculée au plus juste, l’État les remet en question dans la foulée ».

Pour la Scam, « l’audiovisuel public doit pouvoir préserver les capacités de financement de la création audiovisuelle à hauteur de 420 millions d’euros (il s’agit du Plan Création de France Télé [1] qui entend renforcer ses investissements, NDLR). D’une manière générale, la production audiovisuelle, la transformation numérique du groupe, le rayonnement de la création n’ont aucune chance d’être à la hauteur des enjeux et des attentes des téléspectateurs et auditeurs dans cette instabilité systémique ». Or chaque budget apporte son lot de mauvaises surprises pour l’audiovisuel public.

[1] France Télévisions représente notamment plus de 50 % de financement de la fiction française et en consacre 60 millions d’euros par an au cinéma français.

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