Moscou : quelques victoires du centre-gauche aux municipales

Dans un scrutin où l’abstention a atteint 85 %, les opposants à Poutine ont raflé quelques quartiers, dont celui où le Président a voté, lors du scrutin du 10 septembre.

Claude-Marie Vadrot  • 18 septembre 2017
Partager :
Moscou : quelques victoires du centre-gauche aux municipales
© photo : Evgeny Biyatov / Sputnik

Après une campagne difficile et émaillée de menaces policières, des candidats de l’opposition au parti du pouvoir, Russie Unie, ont réussi à emporter quelques sièges dans certains quartiers de Moscou, lors des élections municipales du 10 septembre. Une première depuis des années. Les responsables du parti Iabloko et de quelques autres formations de centre-gauche qui ont organisé cette campagne électorale ne triomphent pas. Car non seulement le succès est à la fois parcellaire et fragile, mais en plus ces municipales moscovites n’ont officiellement intéressé que 14,8 % des électeurs inscrits. Une telle abstention est difficile à dissimuler tant les bureaux électoraux étaient vides. Ce chiffre rappelle que, faute de discerner un changement, la population russe renonce progressivement à participer à ce qui reste de la vie démocratique. Cette situation qui est encore plus évidente en province puisque, en dehors de quelques grandes agglomérations, la participation constatée se situe souvent en dessous de 10 %.

La triche a été filmée

Le pouvoir en place ne se donne plus guère la peine de croire à ces élections puisque le parti Russie Unie n’a pratiquement pas fait campagne. Aussi bien à Moscou que pour la quinzaine de sièges de gouverneurs qui étaient à renouveler dans le reste du pays. Le Kremlin, pour ces derniers, se borne à faire en sorte qu’ils n’aient pas de concurrence. Quand cela se révèle nécessaire, quand pèse une menace même légère, comme cela c’est produit à Moscou, les autorités distribuent des « récompenses » en roubles ou en dollars aux présidents de bureaux de vote pour les inciter à afficher, après manipulation des bulletins, des résultats favorables au parti au pouvoir ou au parti communiste qui, localement, ou nationalement, soutient également Vladimir Poutine et sa formation. Sans résultat les fraudes ont été dénoncées, et surtout, une séquence montrant un responsable de la mairie en train de distribuer, quelques jours avant le scrutin, ces enveloppes à des présidents de bureau de vote a été diffusé sur YouTube.

Poutine craint pour la crédibilité de sa réélection

Mais, pris par surprise, les efforts de tricheries n’étant pas suffisants, et ses fidèles électeurs ne s’étant pas dérangé, le Kremlin a dû accepter la promulgation des résultats faisant état de la victoire largement majoritaire de l’opposition dans 17 circonscriptions de Moscou, sur 125. Un résultat modeste, donc, mais aussi un pied de nez à Vladimir Poutine, car ces opposants ont raflé tous les sièges dans le quartier Gagarinski, où le Président a voté.

Face à l’organisation naissante d’une campagne électorale d’opposition passant pour la première fois par un porte-à-porte, le pouvoir en place va devoir changer ses méthodes pour ne pas prendre de risques. Même si le chef de l’État n’a pas encore annoncé sa candidature pour la présidentielle du mois de mars 2018. Le problème de Poutine est désormais que, même si sa réélection paraît assurée, il lui faut remotiver les électeurs car il ne faudrait pas que la victoire soit entachée par une très forte abstention. Qui, selon certains instituts de sondage, pourrait atteindre 70 %…

Monde
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Résister aux lois sécuritaires : la leçon italienne
Récit 8 avril 2026 abonné·es

Résister aux lois sécuritaires : la leçon italienne

À un an de la fin de son mandat, Giorgia Meloni fait face à sa première véritable crise politique. Si l’on regarde en arrière, elle n’est en mesure de revendiquer que des mesures construites sur une série de paniques morales. Mais les mouvements sociaux italiens ont su lui porter la contradiction.
Par Giovanni Simone
Meloni : derrière le vernis modéré, un défouloir politique
Décryptage 8 avril 2026 abonné·es

Meloni : derrière le vernis modéré, un défouloir politique

En trois ans et demi à la tête du gouvernement italien, Giorgia Meloni a tenu la distance sans vraiment tenir ses promesses de révolution néofasciste.
Par William Jean
« Giorgia Meloni a pris une place centrale dans l’internationale des nationalismes »
Entretien 8 avril 2026 abonné·es

« Giorgia Meloni a pris une place centrale dans l’internationale des nationalismes »

Nicola Fratoianni, le codirigeant d’Alleanza Verdi e Sinistra (Alliance des Verts et de la Gauche) se réjouit de la victoire du « non » au référendum sur la réforme de la justice voulue par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni. Ce sursaut constitue pour lui un espoir pour le bloc progressiste.
Par Olivier Doubre
« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »
Entretien 1 avril 2026 abonné·es

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »

Dans la bande dessinée En quête de liberté, coécrite avec la journaliste Gaële Joly, la jeune femme de 26 ans forcée à rejoindre Daech à 15 ans raconte son parcours. Un témoignage inédit qui souligne les impensés de la justice et de la politique française en matière de rapatriement des familles parties en Syrie.
Par Salomé Dionisi et Olivier Doubre