La France accélère les expulsions d’Afghans au péril de leur vie

La Cimade et Amnesty International dénoncent dans un rapport ces expulsions vers l’Afghanistan menées par la France et les pays européens en dépit des menaces que courent les expulsés à leur retour.

Olivier Doubre  • 5 octobre 2017
Partager :
La France accélère les expulsions d’Afghans au péril de leur vie
© Photo : Expulsion par charter de migrants clandestins afghans en 2009 (MEHDI FEDOUACH / AFP)

640 Afghans expulsés par la France en 2016. Au péril de leur vie. Selon les statistiques officielles de l’Union européenne, le nombre de personnes renvoyées en Afghanistan par les États membres de l’UE a presque triplé entre 2015 et 2016, passant de 3 290 à 9 460. Cet accroissement inquiétant est dû principalement à la baisse drastique des avis favorables donnés aux demandes d’asile des Afghans, passés de 68 % en septembre 2015 à 33 % en septembre 2016. Tous ces pays de l’UE feignent d’ignorer la situation dramatique, du point de vue sécuritaire et humanitaire, qui est celle de l’Afghanistan et qui s’est encore dégradée ces derniers mois.

« Délibérément aveugles à tous les éléments qui montrent que la violence atteint un niveau record et qu’aucune région d’Afghanistan n’est épargnée, les gouvernements européens appliquent une politique à la fois irresponsable et contraire au droit international, en exposant notamment des hommes, des femmes et des enfants à des dangers tels que l’enlèvement, la torture ou la mort », expliquait Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, lors d’une conférence de presse présentant le rapport.

Des chercheuses d’Amnesty se sont rendues en Afghanistan pour enquêter et rencontrer des personnes expulsées d’Europe. Celles-ci sont fréquemment l’objet de menaces, voire victimes d’enlèvements, de torture ou de meurtres, particulièrement lorsqu’elles avaient travaillé auparavant pour des organisations internationales ou les armées occidentales engagées en Afghanistan. En dehors de ces cas, elles retrouvent de toute façon une situation de misère et de conflit armé dans tout le pays, où le nombre de victimes civiles n’a cessé de s’accroître depuis le début de l’année. Enfin, la crise humanitaire y est qualifiée d’ « aigüe » par les Nations unies, avec plus de 9 millions d’Afghans n’ayant qu’un accès très limité aux services de santé les plus élémentaires, 1,6 millions ayant une sécurité alimentaire extrêmement précaire, et 2 millions de personnes étant déplacées – dont plus de 250 000 sont venues grossir leurs rangs depuis le 1er janvier, parmi lesquelles figuraient près de 60 % d’enfants.

Amnesty International et la Cimade exigent donc à juste titre que le gouvernement français, en particulier Gérard Collomb à l’Intérieur, mette un terme à ces renvois de demandeurs d’asile contraints de repartir affronter toutes ces menaces qu’ils ont fuies, en violation manifeste du droit international.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026 abonné·es

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : posez vos questions
Direct 19 février 2026

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : posez vos questions

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.
Par Politis
La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition
Justice 19 février 2026

La criminalisation de l’antifascisme inquiète les soutiens de Zaid et Gino, menacés d’extradition

La cour d’appel de Paris devait se prononcer le 18 février sur l’extradition de deux militants antifas poursuivis dans l’affaire de Budapest. Si l’audience a été renvoyée au 18 mars, l’inquiétude liée au contexte politique français depuis le meurtre de Quentin Deranque à Lyon, s’est fait ressentir parmi les soutiens.
Par Pauline Migevant
« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »
Entretien 19 février 2026 abonné·es

« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »

Un militant du collectif antifasciste La Horde analyse la manière dont les groupes qui luttent contre l’extrême droite sont désignés comme des ennemis de l’intérieur, alors que des personnes militant à la Jeune Garde ont été interpellées suite à la mort de Quentin Deranque.
Par Olivier Doubre