« L’abstention est le fait de mécanismes sociologiques »
Pour Antoine Jardin, spécialiste des quartiers populaires, aller chercher les classes populaires éloignées du vote est une gageure.
dans l’hebdo N° 1474 Acheter ce numéro

Alors que le vote populaire était orienté à gauche jusque dans les années 1960-1970, il s’est depuis banalisé. En cause, la diversification des profils au sein des classes populaires, le délitement des solidarités et une crise profonde de leur représentation par un système partisan à bout de souffle.
Qui sont les « classes populaires » aujourd’hui ?
Antoine Jardin : Ce qu’on appelle « classe populaire » est un ensemble très hétéroclite. Depuis le choc pétrolier de 1973, des mondes populaires divers se sont développés en dehors du monde ouvrier « traditionnel » : on y trouve pêle-mêle des employés peu qualifiés du secteur des services (par exemple, dans les entreprises de nettoyage), mais aussi des personnes sans emploi ou qui ne sont pas à la recherche d’un emploi… Et d’ailleurs, au sein même du monde ouvrier traditionnel, il y a des différences importantes : ce n’est pas la même chose d’être manœuvre ou ouvrier de l’imprimerie.
Qu’est-ce qui vous autorise à mettre tous ces mondes dans une même galaxie dénommée « classe populaire » ?
Leur grande caractéristique commune, c’est d’être dans une position d’infériorité par rapport au contrôle des ressources essentielles – ressources financières (ce que l’Insee appelle les dépenses arbitrables), accès au logement, à la santé, aux niveaux d’éducation les plus élevés… Autre point commun : tous ces individus sont dans une marginalisation économique durable et qui se transmet la plupart du temps d’une génération à l’autre. Je pense par exemple à ces descendants de famille ouvrière qui peuvent changer de type de travail mais se trouver eux-mêmes employés dans des conditions précaires.
Quelle différence faites-vous avec les petites classes moyennes, et notamment les « déclassés » ?
La notion de classe