« Avoir le courage de ses convictions » : un an avant 2027, la droite assume l’alliance avec le RN

Pour les municipales, de nombreuses figures locales s’entendent avec le Rassemblement national. À l’Assemblée, des députés LR jouent sur le terrain de Marine Le Pen. Les digues continuent de s’effondrer.

Lucas Sarafian  • 21 janvier 2026 abonné·es
« Avoir le courage de ses convictions » : un an avant 2027, la droite assume l’alliance avec le RN
© Politis

Il parle de courage. Au téléphone, Alain Kott assume tout : « À un moment donné, il faut avoir le courage de ses convictions. » Le patron de la fédération Les Républicains (LR) du Haut-Rhin a pris la décision de franchir le Rubicon. Le 8 janvier, il a annoncé qu’il se ralliait officiellement à Nathalie Aubert, conseillère régionale et tête de liste du Rassemblement national (RN) à Colmar, la préfecture du département. Séisme dans le paysage politique local.

Mais, d’après l’intéressé, il n’a fait que briser un tabou. « Beaucoup de militants posent la question des alliances, ça revient souvent. Je me suis dit qu’il se passait quelque chose, estime-t-il. Je suis la voix des adhérents. C’est à moi de prendre des initiatives. » Alain Kott demande alors un rendez-vous à Nathalie Aubert et lui présente un paquet de mesures car, selon lui, l’accord doit être avant tout programmatique. Conclusion : « On était d’accord à 90 %. Sur les idées, on était en symbiose. » Deal.

On tourne autour du pot mais on n’ose pas aller au bout.

A. Kott

Tout ça ne s’est pas décidé du jour au lendemain. Le président de cette fédération du Grand Est a bien noté quelques sondages aux résultats fracassants. En décembre, une enquête réalisée par Toluna Harris Interactive pour RTL a affirmé que les deux tiers des Français se positionnant à droite soutiendraient une alliance entre LR et le RN pour les municipales, la prochaine présidentielle et les législatives qui pourraient suivre.

En octobre, une enquête Ifop pour Valeurs actuelles a avancé que 82 % des sympathisants LR seraient favorables à un gouvernement de « coalition des droites » comprenant des LR, des RN et des responsables de Reconquête, la petite écurie d’Éric Zemmour. « Tout le monde le pense mais quelques chapeaux à plumes refusent ce discours, regrette Alain Kott, qui, depuis des mois, tente de bousculer les responsables nationaux chez LR. À chaque fois, je pose cette question : “Est-ce que vous pourriez accepter des pourparlers ?” Et à chaque fois, on évite le sujet. Il y a un blocage. On tourne autour du pot mais on n’ose pas aller au bout. »

« Brebis galeuses » ?

Les prochaines municipales pourraient changer la donne. Çà et là, la droite brise le cordon sanitaire. À Bourg-en-Bresse (Ain), le candidat zemmouriste Benoît de Boysson conduira une liste intégrant des figures LR locales, dont le vice-président du conseil départemental, Pierre Lurin. Au Pradet (Var), la conseillère départementale LR Valérie Rialland a rejoint l’Union des droites pour la République (UDR), le petit parti d’Éric Ciotti, pour conduire une liste comportant des représentants UDR, RN et LR. À Versailles (Yvelines), Olivier de La Faire, candidat LR aux législatives en 2022, conseiller départemental depuis 2011 et élu dans la majorité municipale depuis 2015, se présente pour les municipales sous la bannière du RN et de l’UDR. Des signaux loin d’être anodins.

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