Grèce : Quand la pauvreté remplit les asiles
Alors que l’austérité a conduit à fermer plusieurs centres psychiatriques, ceux qui subsistent internent de plus en plus de pauvres en état d’abandon, faute de moyens et de services sociaux.
dans l’hebdo N° 1493 Acheter ce numéro

© Grigoris Siamidis / NurPhoto / AFP
Il fait nuit, et le silence règne à l’hôpital psychiatrique de Daphni, à la sortie de la ville d’Athènes. Les bâtiments ne sont pas très grands. Ils ressemblent à des casernes militaires et s’étalent sur plusieurs hectares. Le silence, presque gênant, paraît une chape. Et puis au loin, on perçoit une petite musique. « C’est l’heure du salon, explique Hiraclis Gotsis, infirmier psychiatrique et syndicaliste. Après le repas du soir, les patients peuvent, si leur condition physique le permet, aller écouter de la musique ensemble avant d’aller se coucher. » Dans la salle à manger sont disposées des tables autour desquelles on peut s’asseoir à six. Tout est extrêmement propre. Et malgré l’heure avancée, la femme de ménage passe pour vider une dernière fois les poubelles. Mme Martha, la cantinière, attend patiemment qu’un jeune, arrivé il y a quelques jours, finisse son assiette. « Prends ton temps, petit », lui dit-elle alors qu’il lève vers elle des yeux presque apeurés. Et il le prend. Consciencieusement, il racle les derniers morceaux de courgettes, la sauce, prend un bout de pain, le met dans sa poche et quitte la salle, après avoir donné son plat vide à Martha, mais sans dire un mot. « Il vient d’arriver, il ne s’est pas encore acclimaté, expliquent deux infirmiers qui font aussi office de cantiniers, mais cela va venir. » En Grèce, il n’existe pas d’aides-soignants. Les infirmiers en milieu psychiatrique font tout : distribution de médicaments, soins particuliers, toilettes, douches, repas.
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