Olivier Faure et le PS, pas vraiment les bienvenus parmi les cheminots

Quelques militants et élus socialistes avaient décidé d’accompagner Olivier Faure, futur premier secrétaire du PS, parmi les cheminots. Ceux-ci les ont chassés au bout de quelques minutes…

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Ils s’étaient donné rendez-vous devant le marché Saint-Quentin, à deux pas de la gare de l’Est. Un petit groupe d’une trentaine de militants avec des drapeaux du Parti socialiste (PS), quelques élus, écharpe en bandoulière, de la Ville de Paris, et deux ou trois parlementaires. On avait l’impression qu’ils avaient l’habitude de la rue, s’apprêtant à rejoindre le cortège des cheminots, CGT en tête, sans craindre aucun heurt.

Un peu avant 13 heures, Olivier Faure, qui doit être élu dans quelques jours premier secrétaire après sa « victoire » au premier tour auprès des militants, rejoint le petit groupe. Tout de suite, une nuée de journalistes, principalement de télévision, l’entourent et multiplient les questions. Le ton est convenu, mais le chef de file des députés Nouvelle gauche explique pourquoi il est venu ici :

Nous avons toujours été très attentifs, même lorsque nous étions au pouvoir, à ce qui se passait dans la rue. C’est dans notre ADN : notre vocation est d’être avec ceux qui luttent. Nous avons toujours été attentifs à cela, à la transformation sociale. Aujourd’hui, c’est une journée pour l’exprimer.

Écartant les journalistes, le petit groupe se met en route vers la tête de la manifestation des cheminots, qui ne s’est pas encore élancée. Comme quelqu’un qui jadis a beaucoup manifesté, le sénateur David Assouline (ancien dirigeant de l’Unef en 1986 contre le projet Devaquet) rejoint Olivier Faure et le prend par le bras. Le petit groupe se met en marche en direction des cheminots, encore immobiles. Il demeure entouré de caméras et de journalistes, ce qui attire l’attention de manifestants qui patientent derrière les banderoles de leurs syndicats respectifs, attendant le départ du cortège vers Bastille.

Les réactions des cheminots, une fois reconnu Olivier Faure entouré de drapeaux frappés du « poing et la rose » ne se font pas attendre. Sifflets, huées : « Cassez-vous, les socialos ! », « Vous étiez où contre la loi travail ? » Rapidement, le petit groupe s’engage le long de la manif, toujours suivi par les journalistes, et accélère le pas. Finalement, en marge du service d’ordre qui encadre le carré de tête, Olivier Faure donne encore quelques interviews devant les caméras.

Mais un groupe de cheminots, sans doute du dépôt Paris-Sud-Masséna, s’approche, déterminé, et les invective. Le service d’ordre du PS emmène au loin Olivier Faure. Les cheminots reviennent, hilares, avec en guise de trophée un drapeau du PS, qu’ils commencent à déchirer, avant de le brûler. Entre eux, ces travailleurs rigolent : « Ils n’ont vraiment aucune honte ! Que croyaient-ils ? Venir comme cela, parmi nous, c’est gonflé ! » La « participation » du premier secrétaire socialiste au défilé des cheminots aura duré moins d’un quart d’heure.


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