Les quartiers populaires en tête de la Marée

À l’appel du Comité pour Adama, les quartiers populaires se sont invités en tête de la manifestation du 26 mai à Paris.

Quentin Bleuzen  • 27 mai 2018
Partager :
Les quartiers populaires en tête de la Marée
© Photo : Michel Soudais

O n a braqué la tête du cortège », s’exclame tout sourire Yousef Brakni, l’un des porte-parole du Comité pour Adama. N’étant pas invité à l’organisation de la Marée populaire avec les syndicats, les partis politiques et les autres associations, le collectif en l’honneur d’Adama Traoré (mort en 2016 lors d’une interpellation policière) a lancé son propre appel le 18 mai pour prendre la tête du cortège. Ça a porté ses fruits, les « quartiers » ont défilé dans le calme derrière la banderole « C’est nous on braque Paris, c’est nous l’grand Paris ». Et ils n’étaient pas seuls : les messages en soutien aux exilés, à la ZAD ou à la mobilisation de Gaza en Palestine, les accompagnaient derrière.

Ce « braquage » était une nécessité, pour le militant associatif Almamy Kanouté, « parce que nous sommes les premiers à subir les répressions et les injustices sociales ». Un constat que partage le romancier Edouard Louis, derrière la grande banderole, aux côtés d’Assa Traoré, la sœur d’Adama. Il explique qu’« il faut remettre au centre ceux qui souffrent le plus de la violence sociale et du macronisme ».

Mais ils ne veulent pas revenir au centre n’importe comment : ces collectifs tiennent à garder leur indépendance vis-à-vis des autres organisations. « On est en tête de cortège, on fait ce que l’on veut, et on ne s’est pas invité, on s’est imposé », revendique Almamy Kanouté. Il ne rejette pas une alliance avec d’autres mouvements sociaux, mais ne croit pas en une convergence, « tant que la cause sociale n’est pas au même niveau que la lutte pour l’égalité ». Cette alliance est représentée par le soutien de quelques figures politiques : Philippe Poutou (NPA) et Eric Coquerel (France Insoumise), passent saluer le cortège de tête avant le début de la marche. « Ça fait longtemps qu’ils devaient être ici, sans les quartiers populaires on ne fera rien », confie le député FI de Seine-Saint-Denis.

« Pas de justice, pas de paix »

Ils viennent dénoncer des injustices dont la « liste est très longue », selon Almamy Kanouté. Elle est en partie écrite sur la grande banderole bleue qui ouvre la marche : « Crimes policiers, gestion coloniale, racisme, gentrification, islamophobie, négrophobie…» C’est la contestation des violences policières qui trouve le plus grand écho. « Tout le monde déteste la police » est repris avec entrain par le cortège.

Mais pour Edouard Louis, le discours des quartiers populaires porté par Assa Traoré va bien au-delà des violences policières : « Il réinterroge toute la gauche, et réinvente son langage. Elle met en lumière comment être un jeune noir ou arabe en France, c’est être exposé à de la persécution, voire à une mort prématurée. » Un discours racial qui dérange à gauche. « En effet, c’est compliqué, il y a des débats politiques qu’il ne faut pas nier », explique Annick Coupé, membre du bureau d’Attac, une des deux association initiatrice de la Marée populaire. La militante qui a fait le lien avec le Comité Adama compare ce rejet avec le débat instauré par le mouvement féministe dans les années 70. Elle trouve légitime que des gens puissent s’organiser par eux-mêmes. « Mais bon, l’important, c’est qu’aujourd’hui on était ensemble dans la rue contre la politique de Macron », conclut-elle.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 
Enquête 6 mars 2026 abonné·es

À Béziers, comment Robert Ménard a fait « péter le plafond de verre » des idées d’extrême droite 

Rues débaptisées, affiches à la gloire des armes de la police… Depuis 2014, le maire sature l’espace public de messages agressifs pour diffuser l’idéologie d’extrême droite. Un combat culturel, qui s’accompagne d’un mépris de la loi et de tentatives de silenciation des voix dissonantes.
Par Pauline Migevant
Juste(s) juges – Épisode 6
Série documentaire 6 mars 2026 abonné·es

Juste(s) juges – Épisode 6

Découvrez, en exclusivité sur Politis.fr, le sixième épisode de la série documentaire de Jean-Pierre Bloc consacrée à la dimension politique de la justice.
Par Jean-Pierre Bloc
Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »
Entretien 6 mars 2026 abonné·es

Nicolas Lebourg : « Perpignan est un laboratoire social pour le Rassemblement national »

À l’approche des municipales, l’historien Nicolas Lebourg revient, avec deux confrères chercheurs, sur l’exemple de Perpignan, et analyse comment Louis Aliot a tiré parti des dynamiques sociales et territoriales de la ville pour en faire un laboratoire du populisme français.
Par Juliette Heinzlef
Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel
Enquête 6 mars 2026

Comment le Rassemblement national voit dans les municipales un tremplin présidentiel

Un nombre de candidatures record, des troupes entièrement mobilisées, des victoires envisageables dans plusieurs départements… Marine Le Pen, Jordan Bardella et leurs troupes jouent gros dans le scrutin de 2026.
Par Alix Garcia