Franck Courtès : Quand j’étais photographe…
Dans un récit sonnant comme une confession, Franck Courtès raconte son métier de reporter pour la presse, avant d’en être blessé et de tout lâcher.
dans l’hebdo N° 1507 Acheter ce numéro

Un hameau perché sur les collines de la Marne, dans les entrailles de la Brie champenoise, cette terre d’élevage et de bois, au relief contrarié, d’un vallon l’autre, refusant la morne plaine. En contrebas du hameau déserté coule une rivière. On y pêche des truites, tombe aisément sur un raton laveur en transe devant les chasseurs.
Dans une ancienne ferme du XVIIIe siècle, modeste, ne payant guère de mine, une vaste cuisine s’ouvre sur un salon. Seule la chaleur d’un poêle permet de gagner quelques degrés aux trois chambres à l’étage. Au-dessus encore, une mezzanine est encombrée de cartons. Des dizaines de cartons. À l’intérieur, parfaitement classés par dates, des milliers de négatifs et de planches-contacts, qui résistent à l’humidité des ciels bas et lourds. Franck Courtès a entassé là vingt-six ans de photographie. Voilà un lustre, il a retiré l’échelle de cette mezzanine. Il n’y monte plus.
Trait tiré sur quatre ou cinq mille portraits, sur des prises de vues à travers le monde, des cosmogonies d’ailleurs, des reportages sur le trafic de drogue place Stalingrad, à Paris, les gîtes ruraux, les pères qui se découvrent homosexuels sur le tard, les mineurs de Forbach, un détenu condamné à mourir du sida dans une geôle tunisienne. Reviennent en mémoire de pleins paquets de visages, des