Écologie : le gouvernement va-t-il rater le coche ?

L’occasion est historique de reconfigurer l’économie pour réussir une transition écologique et sociale. Les discours de la Macronie sont prometteurs, mais les gestes encore très rares.

Vanina Delmas  • 13 mai 2020
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Écologie : le gouvernement va-t-il rater le coche ?
©La compagnie aérienne Air France-KLM a obtenu une aide de 7 milliards d’euros de la France. Photo : STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Lors de son allocution du 16 mars, Emmanuel Macron mentionnait déjà l’après-crise du Covid-19 à coups de poncifs censés semer l’espoir : « Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ne sera pas un retour au jour d’avant. » Un mois plus tard, il esquissait les contours de cette France post-catastrophe en usant de formules grandiloquentes censées convaincre les plus réticents de son engagement écologique : « Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seuls peuvent permettre de faire face aux crises à venir. » Depuis fin avril, la préparation de l’entrée de la France dans la phase de « relance économique » a pris l’avantage.

Relance ou refondation ? Et si relance il y a, de quelle couleur sera-t-elle ? « Tant en France que dans le monde, les réflexions sur l’après-crise sanitaire portent sur le besoin de mener une relance “verte, pas grise”, qui n’enferme pas l’économie dans des trajectoires carbonées incompatibles avec la stratégie nationale bas-carbone », assène le Haut Conseil pour le climat, l’organisme indépendant mis en place par le président de la République en 2018 (1). Car le souvenir de l’après-crise financière de 2008 est dans tous les esprits : faute de plan de relance intégrant la dimension écologique et climatique, les émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie et à l’industrie du ciment avaient baissé de 1,4 % en 2009, pour finalement augmenter de 5,9 % en 2010.

Douze ans plus tard, les mentalités ont changé, la prise de conscience écologique a gagné du terrain dans la société civile et les politiques ne peuvent plus faire l’autruche. Pourtant, les mauvaises habitudes politiques sont tenaces et les lobbys toujours aussi acharnés. Preuve la plus flagrante de ces dernières semaines : le courrier envoyé par le Medef et l’Association française des entreprises privées (Afep) à la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, demandant une pause de la politique écologique, notamment dans l’application de la loi sur l’économie circulaire ou la directive européenne sur les émissions industrielles de CO2. Les réponses ministérielles étaient rassurantes sur leur résistance à ces pressions mais, le 18 avril, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative, les députés ont voté l’attribution d’une aide de 20 milliards d’euros afin de recapitaliser un certain nombre d’entreprises dites stratégiques (Airbus, Air France, Renault…) sans condition assurant un plan de transformation compatible avec les objectifs fixés par l’accord de Paris. Greenpeace, Les Amis de la Terre et Oxfam dénoncent « un chèque en blanc » accordé aux entreprises françaises les plus polluantes : « Alors qu’il est en position d’imposer des transformations fortes des secteurs qu’il renfloue, le gouvernement choisit la voie du “business as usual”_, comme si l’urgence climatique n’existait pas. »_ Comble de l’ironie, les patrons de grandes entreprises françaises – dont Air France, BNP Paribas, Total… – ont signé une tribune appelant à _« faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique ».

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Comme l’a résumé l’économiste Jérôme Gleizes dans sa chronique publiée dans Politis (19 mars 2020), _« il faut revoir notre modèle de société, avec plus de relocalisation, de convivialité, de proximité, moins de transports, moins de concentration humaine pour plus d’égalité territoriale, plus d’argent dans la santé environnementale et publique que dans la recherche privée. » Un programme avisé et cohérent pour une transition écologique, sociale et économique réussie, mais pourra-t-il rivaliser avec la puissante doctrine du business as usual ?


(1) Rapport spécial du Haut Conseil pour le climat, « Climat, santé : mieux prévenir, mieux guérir », avril 2020.

Écologie
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