Le Louise-Michel contre le naufrage moral de l’Europe

Le navire affrété par l’artiste britannique Banksy a remis en lumière la faillite des États européens qui ne respectent pas l’obligation de sauvetage en mer des personnes exilées fuyant la Libye.

Il se distingue par le rose de sa coque et son graffiti représentant une petite fille avec un gilet de sauvetage, tenant une bouée en forme de cœur. Ce nouveau navire de sauvetage, au secours des exilés en Méditerranée centrale, sur lequel naviguent des bénévoles, est venu rappeler aux États européens leurs obligations en matière de droit maritime.

Fin août, le Louise-Michel, baptisé en hommage à la militante anarchiste héroïne de la Commune de Paris, a secouru 219 personnes qui fuyaient la Libye. Affrété et peint par le célèbre artiste de rue britannique Banksy, le vaisseau est venu grossir la flotte de la société civile qui agit depuis 2014. C’est en effet à la fin de cette année-là que les opérations de sauvetage menées par les États européens ont été interrompues au motif qu’elles constitueraient un « appel d’air » pour la venue de personnes migrantes.

La première opération du Louise-Michel a été éprouvante, au point qu’aucun sauveteur n’a souhaité s’exprimer pour l’heure dans la presse. Après plusieurs jours de mer entassés sur des embarcations pneumatiques, les rescapés étaient exténués et choqués. « Beaucoup ont subi des brûlures provoquées par un mélange d’eau de mer et de gazole. C’est en particulier le cas des femmes et des enfants, qui se tenaient à l’intérieur du canot, alors que les hommes étaient au bord », raconte Marie, membre à terre du Louise-Michel. « Et il y avait un cadavre à bord », ajoute-t-elle.

L’équipage du bateau de 31 mètres a dû ajouter à ses côtés un radeau de survie pour mettre en sécurité les personnes secourues. Quelques jours plus tard, les 49 rescapés dont l’état était le plus critique ont été évacués par les gardes-côtes italiens. Les autres ont été transférés sur le Sea-Watch 4 de l’ONG allemande éponyme, qui agit avec Médecins sans frontières. Lui aussi mis en service à la mi-août, le Sea-Watch 4 a enfin reçu -l’autorisation des autorités italiennes de débarquer les 353 personnes rescapées à son bord – dont celles sauvées par le Louise-Michel –, onze jours après le premier sauvetage qu’il avait effectué.

Depuis trois ans, les conditions de débarquement des rescapés se sont durcies et on assiste souvent au même scénario. Les navires qui ont secouru attendent plusieurs jours, voire de longues semaines, que leur soit attribué un port de débarquement, l’Italie ou Malte refusant l’accès à leur territoire dans l’attente d’un engagement des autres pays européens pour l’accueil des personnes migrantes. En décembre, un accord a été trouvé entre différents États mais, du fait de la crise sanitaire, il n’est pas appliqué.

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