Paroles de profs

Six enseignants se confient à Politis suite à l'assassinat de Samuel Paty. Entre sidération, peur et colère.

« Que peut faire l’école ? »

Thierry, professeur de lettres dans un collège à Toulouse

« Ce qui est frappant, c’est le déchaînement sur les réseaux sociaux, avec un acharnement sur les gens. L’école et les profs ne peuvent pas gérer ça seuls. On reçoit, on lit des propos très violents. On manque de protocole clair pour y faire face. Tout cela est assez nouveau. Jusque-là, je ne pensais pas qu’on aurait besoin de barrières. Je pensais éducation, pédagogie… Je sais qu’un protocole de police adossé à l’école, ce n’est pas facile à dire. Mais là, le prof fait son boulot, travaille sur la liberté d’expression, puis il se retrouve en danger et se fait assassiner ! On est devant un problème social grave, on touche à des extrémismes. Enseigner sur ces questions, neuf fois sur dix, c’est maintenant prendre un risque. Si d’autres personnes sont en danger, il va falloir que la hiérarchie prenne ses responsabilités. Mais ce serait trop facile de taper sur la hiérarchie, sur un principal de collège. Et je ne vois pas ce qu’elle peut faire de plus que de recommander de porter plainte et laisser la police faire son travail. Il est évidemment précipité d’y répondre et l’on assiste en ce moment à tous les raccourcis, mais il y a là une vraie question : que peut faire l’école ? »

« Quelle place tenir en tant qu’enseignant ? »

Clémence, professeure d’histoire-géographie dans un collège de Drancy

« Je montre moi-même une caricature de Charlie Hebdo dans un cours d’enseignement moral et civique. Je suis toujours étonnée par le manque de connaissances des élèves sur l’attentat. C’était il y a cinq ans, une éternité pour un élève de 13 ans. Le visage du prophète en train de pleurer en a scandalisé plusieurs. L’année dernière, un garçon a lancé : « Ils avaient été prévenus. » En 5 années d’enseignement, ces élèves restent très minoritaires et d’autres élèves de la classe, musulmans ou non, réagissent avant moi. Ceux-là ont conscience que personne ne doit mourir pour des croyances dans la République française. Quelle place tenir en tant qu’enseignant ? Bien sûr, je présente aux élèves le texte de 1881 sur la liberté de la presse. Je rappelle la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Je leur donne ce cadre juridique, fondé sur les valeurs de la République. Il n’empêche que je doute de ma capacité à faire changer d’avis ceux qui sont les plus hostiles. Un enseignant est seul face à 25 élèves (en REP). Anticiper les réactions des uns et des autres fait partie de son métier mais il est aussi le représentant d’un État mal-aimé. Une position qui peut le desservir lorsqu’il défend les fondements de la République. »

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