Dossier : Gouverner sans chef, c'est possible

Comment guérir la réunionite

Il y a celui qui tient le crachoir et celle qui n’ose jamais prendre la parole ; les ordres du jour à rallonge, les moments d’ennui mortel, les vaines autocélébrations ou les crêpages de chignon ; l’horloge qui se fige ou dérape… Et cette question : pourquoi, au juste, sommes-nous là ?

Les réunions sont le poumon d’un groupe. Alors, quand elles dysfonctionnent, c’est le groupe qui tombe malade. Et vice versa. Trop de réunions, pas suffisamment préparées et mal encadrées, peuvent transformer les plus belles dynamiques collectives en calvaire quotidien. Soigner la parole est donc un rituel nécessaire pour entretenir ce « nous » auquel on tient tant. Voici quelques conseils pour y parvenir, sans sombrer dans le productivisme ou l’arbitraire.

1 Ne pas chercher à supprimer les réunions

Les sites web consacrés au management regorgent de conseils pratiques pour soigner la réunionite, partant du constat que les salariés français passent en moyenne 4 heures et demie par semaine en réunion (OpinionWay). Mais leurs recettes se résument le plus souvent à réduire les temps d’échange : réunions chronométrées, debout, en petit comité… Le collectif est sacrifié au nom de la chasse aux « temps improductifs ». Or les réunions sont des moments particulièrement importants pour toute œuvre collective. L’enjeu n’est donc pas de les supprimer, mais de les améliorer. Et ce n’est pas simple.

2 Comprendre le groupe

La première étape, la plus importante et sans doute la plus difficile, est celle de l’introspection. Le collectif doit comprendre ce qui se joue en son sein et pourquoi ses réunions sont source de souffrance ou de frustration. Les groupes animés par la plus farouche volonté de faire les choses différemment s’en remettent trop souvent à l’enthousiasme ou aux liens d’amitié, qui ne protègent pas contre la reproduction des rapports de domination. « L’enjeu numéro 1 est donc la conscientisation des rapports sociaux », pointe Lucile Mulliez, formatrice pour l’Escargot migrateur. Pour cette étape clé, comme pour tout le processus de désintoxication du collectif, il est donc recommandé de se faire accompagner. C’est le métier de nombre de formatrices et formateurs issu·es notamment du mouvement d’éducation populaire.« Penser le groupe » peut également devenir une routine collective, avec des temps destinés à cet exercice d’analyse des pratiques. Certains collectifs personnifient carrément le groupe en lui donnant un prénom, pour s’enquérir de lui comme d’un être cher.

3 Le rôle clé de l’animateur

Le rôle de garant·e du cadre est difficile mais crucial, souligne Lucile Mulliez : « Si on ne sait pas qui anime, cela génère du flou, des prises de pouvoir et des dominations. » Ses missions doivent être définies par le groupe, le plus clairement possible pour que la fonction puisse être tournante. Elles peuvent être très variées : clarifier les objectifs, faire la synthèse, ouvrir, recadrer ou fermer les débats, repérer les freins à la participation et les dominations qui s’installent, trancher quand il le faut ou laisser au contraire le consensus se faire. D’autres rôles peuvent être déterminés, comme celui de « maître du temps » ou de « régulateur·trice d’ambiance ». Le philosophe Edward de Bono propose même de matérialiser six rôles à l’aide de chapeaux de couleur, afin d’affranchir la discussion des codes traditionnels de l’argumentation. Le chapeau blanc énonce des faits, le chapeau rouge ne parle que d’émotions et d’intuitions, le noir se concentre sur les risques, le jaune souligne les avantages, le vert s’intéresse à la créativité et le bleu cherche à prendre du recul.

4 Bien définir le cadre

« Quand on ne pose pas de règles, on voit se rejouer les mêmes travers que dans les organisations traditionnelles, la domination des hommes sur les femmes, des vieux sur les jeunes, des postes qualifiés sur les autres », prévient Daphné Gaspari, psychosociologue et formatrice. Il ne faut donc pas négliger l’importance d’établir un planning, une méthode et un ordre du jour clairs. Selon la coopérative d’éducation populaire le Pavé, trois questions doivent se poser avant chaque réunion : « Quel est son intérêt ? De quelle manière allons-nous nous y prendre ? Qu’est-ce que les participants vont apprendre sur eux-mêmes et sur les autres ? » Ce b.a.-ba trop souvent négligé permet de tordre le cou au sentiment d’inutilité.

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