La politique n’est pas un antirides

Sur Instagram, Marlène Schiappa vante les mérites du lissage brésilien d’un coiffeur parisien.

Nadia Sweeny  • 6 janvier 2021
Partager :
La politique n’est pas un antirides
© Damien Grenon / Photo12 via AFP

Où passe la frontière entre une femme/un homme politique et une page de publicité ? Plus les années passent, plus elle est floue. Les annonces commerciales ont envahi l’espace public. Pourtant, l’expérience de tel produit ou service est souvent très éloignée de la promesse de départ. Or les politiques font de même, jusqu’à aujourd’hui se muer en « femme/homme-sandwich ». Dimanche 3 janvier, Marlène Schiappa a montré à quel point elle y est à l’aise. Dans une vidéo publiée sur son compte Instagram, la ministre vante, balayage de chevelure à l’appui, les mérites du lissage brésilien d’un coiffeur parisien. L’émoi suscité la force à retirer la vidéo, à crier au « fake » avant d’expliquer avoir été victime d’un piratage, pour enfin se défendre de tout « placement de produit ».

Mais Schiappa n’en est pas à son coup d’essai. Après l’utilisation des moyens ministériels pour communiquer sur son nouveau livre, sa publicité pour les masques fabriqués par une amie corse, le désormais « lissage gate » passe mal. C’est qu’il jette une lumière crue sur le glissement malsain : la com’ politique n’est plus un moyen d’expliquer une action réelle, une idée, une vision… un projeeeet. Non, elle est devenue une fin en soi. Et les politiques, des influenceurs au service d’eux-mêmes, à la recherche de quoi que ce soit à vendre qui fasse le « buzz ».

Certes, ce phénomène de « pipolisation » n’est pas né avec ce gouvernement. Comment oublier les unes de magazine de M. Le Président ou le Ministre, sa femme et son chien, en bord de mer. Mais, depuis Sarkozy, cet objectif de communication vérole de plus en plus l’ensemble de l’action gouvernementale. La politique du chiffre a été conçue pour nous vendre des statistiques maniées à merveille. Légiférer après chaque fait divers médiatique est utilisé comme preuve d’une action efficace. Le tout, balayant toute consistance. Toute réalité de terrain.

Et le pouvoir actuel ne cesse d’ajouter de nouvelles pierres à cette dérive. Le ministère de l’Intérieur ferme, dans l’opacité la plus complète, n’importe quelle structure pour alimenter sa gonflette de chiffres vendus aux Français·es comme une lutte contre l’islamisme radical. Des préfectures vendent sur les réseaux sociaux des arrestations de consommateurs de drogue, à grands coups de photos de quelques grammes saisis et trois ou quatre petites coupures étalées au sol pour donner l’illusion du nombre, comme s’il s’agissait de narcotrafiquants internationaux… Aujourd’hui, la seule évaluation de ces politiques réside dans l’impact publicitaire momentané. Aussi contre-productif que cela finisse par être. L’action politique ressemble de plus en plus à une crème antirides : pourtant, plus la pub est vantarde, plus on est déçu du résultat.

Publié dans
Parti pris

L’actualité vous fait parfois enrager ? Nous aussi. Ce parti pris de la rédaction délaisse la neutralité journalistique pour le vitriol. Et parfois pour l’éloge et l’espoir. C’est juste plus rare.

Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Mélenchon ou la stratégie du pire 
Parti pris 2 mars 2026

Mélenchon ou la stratégie du pire 

Après des jeux de prononciation visant Jeffrey Epstein puis Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon se retrouve au cœur d’un malaise grandissant. Sans être explicitement antisémites, ces séquences interrogent : à force de flirter avec des codes ambigus, que reste-t-il de l’exigence morale que la gauche revendique. Et à quel prix politique ?
Par Pierre Jacquemain
Rupture conventionnelle : patronat et CFDT main dans la main pour réduire les droits des chômeurs
Syndicats 26 février 2026

Rupture conventionnelle : patronat et CFDT main dans la main pour réduire les droits des chômeurs

Ce 25 février, les partenaires sociaux ont trouvé un accord visant à réduire la durée d’indemnisation des chômeurs disposant d’une rupture conventionnelle. Une nouvelle réduction des droits sociaux, la sixième depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, validée par certains syndicats réformistes.
Par Pierre Jequier-Zalc
Inondations : réparer ou prévenir ?
Parti pris 25 février 2026

Inondations : réparer ou prévenir ?

Alors que l’extrême droite impose ses thèmes dans le débat public, des inondations historiques frappent la France dans une indifférence inquiétante. Ces catastrophes, loin d’être de simples aléas, révèlent nos choix politiques, nos renoncements et l’urgence de changer de modèle.
Par Pierre Jacquemain
Quentin Deranque : ce que cette mort oblige la gauche à regarder en face
Extrême droite 18 février 2026

Quentin Deranque : ce que cette mort oblige la gauche à regarder en face

Après la mort d’un militant d’extrême droite et l’interpellation d’un collaborateur parlementaire, l’émotion submerge le débat public et attise les instrumentalisations. Entre exigence de justice, responsabilité éthique et procès politique fait à la gauche, il convient de refuser les amalgames sans esquiver l’indispensable examen de conscience.
Par Pierre Jacquemain