Tchernobyl: le mystère persistant des chevaux de Przewalski

Introduite en 1998 dans la zone interdite, cette dernière sous-espèce du cheval sauvage s’y est bien acclimatée.

Claude-Marie Vadrot  • 4 mai 2021
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Tchernobyl: le mystère persistant des chevaux de Przewalski
© Photo : Des chevaux de Przewalski dans la zone d'exclusion de Tchernobyl GENYA SAVILOV / AFP)

La ville ukrainienne de Pripiat qui dut évacuer ses 50.000 habitants après l’explosion de l’un des réacteurs de la centrale nucléaire n’en finit pas de se déliter. Cela se constate à chaque séjour. Au point de s’écrouler doucement mais sûrement. Il devient dangereux de s’aventurer dans les escaliers des immeubles de la place centrale. Les intérieurs, les logements du centre et de la périphérie, en dépit d’années de pillages plus ou moins clandestins, montrent encore souvent la précipitation de l’évacuation. Au hasard d’une casserole rouillée laissée sur un réchaud à gaz, d’un fer à repasser ou de jouets d’enfants abandonnés… Non loin des manèges qui n’en finissent pas de rouiller.

Pourtant, comme la nature reprend toujours ses droits, cette citée abandonnée grouille de vies. Il y a les arbres qui ont fini par percer le bitume épais pour surgir à l’air libre. Des rapaces, petits et grands, qui y ont pris pension depuis des années, en se nourrissant des petits mammifères et des rats qu’ils guettent du haut des arbres ou des immeubles devant lesquels les rosiers devenus d’énormes buissons continuent de fleurir. Mais il y a d’autres mystères…

Des troupeaux que nul n’effraie

Le matin de bonne heure, au moment où ces lieux sont encore recouverts d’un brouillard épais monté du fleuve et des marais, des bruits de sabots résonnent soudain sur ce qu’il reste de pavés et de bitume. Dans les ruines surgissent alors lentement des équidés que nulles craintes ne mettent en fuite. Ce sont les chevaux de Przewalski dont quelques un ont été introduits en 1998 dans la zone de 2.200 kilomètres carrés toujours interdite pour cause de radioactivité. Les scientifiques du Centre écologique qui examinent en permanence la faune, les insectes et la végétation ne croyaient guère à l’avenir de ces animaux : les derniers chevaux sauvages du monde, qui ne survivaient plus dans les parcs zoologiques et dont la réintroduction dans les Cévennes avait été un échec. Ils avaient pourtant déjà, dans les années 90, retrouvé leur liberté avec succès dans une plaine de Mongolie d’où ils étaient originaires. C’est là qu’un explorateur russe, Nicolas Przwaski les découvrit vers la fin du XIX° siècle et leur donna son nom.

Au moins 150 chevaux

Mais si les hivers sont très rudes dans leur milieu d’origine, il n’existe aucune radioactivité dans l’immense plaine mongole. Alors que dans leur nouveau milieu, les trente petits chevaux rendus à la liberté, allaient évoluer dans des espaces souvent très contaminés. Pourtant, aujourd’hui ils sont plus de 150 dans cette partie radioactive de l’Ukraine et une soixantaine au-delà de la frontière biélorusse. Comme les naissances se passent bien, comme la nourriture et l’herbe sont abondantes. Ils se portent tous bien, même si les animaux examinés sont plus ou moins porteurs d’une contamination radioactive, même à leur naissance.

Lors d’un premier séjour dans cette « réserve », il y a une vingtaine d’année, les scientifiques du Centre écologique installé non loin de Pripiat, avaient avoué leur incompréhension face à la contradiction. Même si, aujourd’hui, d’autres espèces sauvages comme le loup, les renards, le lynx sont peu à peu de retour. Selon les experts ukrainiens, le fait que les espérances de vie de ces espèces soient plus courtes peut expliquer en partie qu’ils paraissent échapper aux atteintes de la radioactivité. Mais les scientifiques, qui suivent les chevaux et contemplent leur galopades dans la forêt ou dans les ruines de la ville et des villages, ne comprennent toujours pas de quelle nature est leur apparente immunité. Ils annoncent que leur troupeau libre pourrait atteindre bientôt 500 têtes sans que le mystère soit résolu…

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