Déchets nucléaires : Une lutte loin d’être enfouie

Changer ce qui paraît indestructible, telle que l’est l’industrie nucléaire française, c’est l’objectif des militant·es contre le projet Cigéo criminalisé·es par l’État.

Vanina Delmas  • 9 juin 2021
Partager :
Déchets nucléaires : Une lutte loin d’être enfouie
© Amanda Jacquel

Et si les choses s’étaient passées autrement ? Cette question philosophique a clos le procès des sept opposant·es à Cigéo. Ce projet d’enfouissement des déchets nucléaires grignote les terres et les esprits aux alentours de Bure depuis près de trente ans. Changer ce qui paraît indestructible, telle que l’est l’industrie nucléaire française, c’est finalement l’objectif de ces militant·es aujourd’hui criminalisé·es par l’État.

La fronde populaire fait partie de l’histoire de ce projet de cercueil des déchets nucléaires. Si Bure a été choisi, c’est parce que les villages du Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres se sont révoltés à la fin des années 1980, c’est parce que tous pensaient qu’à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne, il n’y aurait pas de désobéissance. Erreur. Agriculteurs et élus locaux viscéralement attachés à leur terre, antinucléaires de la première ou de la dernière heure, écologistes, féministes intersectionnelles ou simplement humain·es défendant le vivant se retrouvent dans ce combat. Des destins singuliers qui coagulent et créent une résistance protéiforme, volontairement « indiscernable ». « Les tactiques et les rôles que nous jouons doivent se transformer au gré des circonstances et des rapports de force. Émeutier un jour, citoyen légaliste qui demande des comptes le lendemain, danseur fou le surlendemain », clame cette résistance depuis 2016.

Pendant le procès, Claude Kaiser, opposant depuis vingt-huit ans, a raconté avec émotion le mépris de l’État envers les citoyens, les « petits élus locaux », la démocratie. Une attitude qui ne peut que créer de la colère. Une constellation de colères puissantes. Et si la répression féroce contre l’opposition à Cigéo ne l’avait pas tuée ? Et si elle lui avait au contraire redonné une énergie renouvelable à l’infini ?

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La paysannerie mondiale résiste encore
Reportage 20 avril 2026 abonné·es

La paysannerie mondiale résiste encore

Depuis 1996, le 17 avril marque la journée internationale des luttes paysannes. Face à la libéralisation des échanges et à l’accaparement des terres, le mouvement altermondialiste La Via Campesina coordonne la résistance de 200 millions de paysans à travers le monde.
Par Alix Garcia et Louis Meurice
En Suisse, avec le berger qui défend les loups
Portrait 17 avril 2026 abonné·es

En Suisse, avec le berger qui défend les loups

Dans le Jura vaudois, Fabrice Monnet a passé une grande partie de l’hiver à patrouiller dans les montagnes avec son association pour empêcher l’abattage du grand prédateur. L’homme est devenu une figure militante, non sans agacer éleveurs et pouvoirs publics.
Par Louis Bolla
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas
Inondations : réparer ou prévenir ?
Parti pris 25 février 2026

Inondations : réparer ou prévenir ?

Alors que l’extrême droite impose ses thèmes dans le débat public, des inondations historiques frappent la France dans une indifférence inquiétante. Ces catastrophes, loin d’être de simples aléas, révèlent nos choix politiques, nos renoncements et l’urgence de changer de modèle.
Par Pierre Jacquemain