Nicolas Lebourg : « L’extrême droite progresse sur la décomposition des offres politiques »
L’historien Nicolas Lebourg analyse la montée en puissance des crispations identitaires. À droite mais aussi au sein d’une certaine gauche.
dans l’hebdo N° 1657 Acheter ce numéro

© Arnaud Le Vu / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Nicolas Lebourg est spécialiste des différents courants des extrêmes droites européennes. Après avoir consacré son -doctorat aux « nationaux-révolutionnaires », ou selon lui « la plus extrême droite » (1), il rejoint l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, sous la direction de Jean-Yves Camus. D’abord enseignant à l’université de Perpignan, il a mené plusieurs enquêtes sur la conquête de la ville par le Rassemblement national (RN) sous l’égide de Louis Aliot, ex-compagnon de Marine Le Pen et actuel maire de la capitale catalane. Il analyse ici la contamination des idées de l’extrême droite au sein de la classe politique française.
Comment expliquer l’impression actuelle de voir les idées de l’extrême droite infuser dans toute la société, dont certaines auraient même été imprononçables il y a vingt ou trente ans ?
Nicolas Lebourg : N’oublions pas que, dans les années 1990, le Front national pouvait proposer une vague de dénaturalisations et parler d’inégalité des races. Et si on remonte un peu dans le temps, on a par exemple un sondage de 1978 où 24 % des sondés affirmaient qu’ils ne pourraient pas voter à une présidentielle pour un candidat juif… Il y a donc certes un espace public saturé de crispations identitaires, mais aussi des progrès de la tolérance.
Malgré cela, on note des tensions selon les groupes sociaux. En Europe, le socle des succès des partis d’extrême droite, ce sont les jeunes hommes peu diplômés. Cela traduit nettement ce qui compte aussi pour les classes moyennes paupérisées : le sentiment